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Le samedi 23 septembre 2017

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Les politiciens-entrepreneurs

L’auteur invité est Darwin, du blogue Jeanne Emard (J’en ai marre).

Je m’étais bien promis de ne pas écrire un autre billet sur la CAQ avant un bon bout de temps. Même l’adhésion de François Rebello à ce parti ne m’a pas porté à changer d’idée. On pourrait croire que l’article de la Presse de la fin de semaine, où François Rebello fait une déclaration étonnante aurait raison de ma résolution. Sa déclaration est en effet digne de mention (euphémisme). Jean-François Lisée y a d’ailleurs consacré un court billet samedi dernier (François Legault, Mitt Romney, même combat?). Voici ce que M. Rebello y disait :
«Parmi tous les candidats républicains, j’ai trouvé que Romney avait des qualités évidentes. Il est pragmatique, il a un parcours d’affaires, et il a été le seul, durant le débat, à parler d’éducation, de santé, etc. C’est un peu le Legault des républicains.»

M. Lisée ayant soulevé avant moi le fait que M. Legault n’apprécierait pas nécessairement qu’on compare son programme à celui de M. Romney, j’aurais probablement encore résisté. C’est ça quand on est fait fort!

En fait, j’avais déjà décidé d’écrire un billet qui comparerait Mitt Romney et François Legault après avoir lu la chronique de vendredi de… Paul Krugman! J’attendais seulement que cette chronique soit traduite en français pour écrire mon billet lorsque M. Rebello a fait la même comparaison que celle que je voulais faire! Je ne m’y attendais vraiment pas!

Chronique de Paul Krugman

La chronique en question s’intitule L’Amérique n’est pas une entreprise. Par «l’Amérique», M. Krugman veut bien sûr dire «les États-Unis», mais bon, sa chronique s’applique aussi à la situation de notre coin d’Amérique. La chronique en question vise à montrer qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise, ce que M. Romney semble penser, en vantant ses réalisations comme dirigeant d’entreprise, réalisations que même ses opposants républicains ne trouvent pas vraiment louables, mais, ça, c’est une autre question. Regardons quelques-uns des arguments soulevés par Paul Krugman :
«[Mitt Romney] affirme que notre économie défaillante a besoin de quelqu’un qui a fait ses preuves dans le monde des affaires.»

Et que disait François Rebello dans sa lettre expliquant son passage à la CAQ?
«Qui peut le mieux réaliser ce virage au nom des Québécois qu’un entrepreneur à succès qui a de surcroît fait ses classes en politique?»

Que pense M. Krugman de cette relation entre l’expérience dans le monde des affaires et la politique?
«cette idée que le pays a besoin d’un homme d’affaires à succès comme président souligne un problème plus profond : en fait, l’Amérique n’est pas une entreprise. Mener une bonne politique économique n’est pas du tout comme maximiser les profits d’une entreprise. Et les hommes d’affaire – même les grands hommes d’affaires – n’ont généralement aucune idée de ce qu’il faut faire pour opérer une relance économique.»

Je pense exactement la même chose d’un bon nombre de propositions de François Legault. Il utilise les mêmes outils qu’un entrepreneur en s’imaginant qu’une hausse des salaires des enseignants ou des médecins les rendra plus «productifs». Il veut imposer des «cibles» de réussite pour évaluer le travail des enseignants, dans la même optique qu’il avait imposé des «plans de réussite» aux écoles secondaires et des «contrats de performance» aux universités, «une approche comptable simpliste qui avait hérissé les recteurs.» comme le rappelle Michèle Ouimet.
«Il avait aussi exigé que les écoles secondaires pondent des plans de réussite. Il voulait mettre des chiffres sur tout: évaluer, surveiller et punir. (…) En 1998 aussi, il voulait révolutionner le monde de l’éducation. Ses contrats de performance ont fini en eau de boudin et ses plans de réussite n’ont pas changé la face du monde.»

Revenons à la chronique de Paul Krugman qui explique une des plus grande différence entre le fonctionnement d’une entreprise et celui d’un gouvernement :
«Prenons ce qui se passe lorsqu’une entreprise se lance dans une réduction impitoyable des coûts. Si l’on suit le point de vue des dirigeants de l’entreprise (mais pas celui des employés), plus on réduit les dépenses, mieux c’est. Chaque dollar ôté de la colonne des dépenses est ajouté à la ligne finale.

Mais c’est autre chose lorsque le gouvernement sabre les dépenses dans une économie déprimée. Regardez la Grèce, l’Espagne et l’Irlande, qui ont toutes adopté des mesures sévères d’austérité. Dans chacun de ces cas, le chômage est monté en flèche parce que les coupes budgétaires du gouvernement ont surtout frappé les producteurs nationaux. Et dans chacun des cas, la réduction des déficits budgétaires a été moindre que ce qui était escompté, parce que les recettes fiscales ont chuté à mesure que l’activité et l’emploi s’effondraient.»

Nous ne sommes bien sûr pas dans une situation aussi morose qu’aux États-Unis ou en Europe, quoique les estimations de pertes d’emplois de l’Enquête sur la population active (j’y reviendrai…), mais je frémis à l’idée de voir à la tête du Québec un entrepreneur comme Legault (ou comme Sirois!) au cours d’une récession.

Et alors…

Jean-François Lisée a souligné avec raison que le fait de comparer Legault à Romney n’était pas une bonne idée en raison du programme extrême du républicain :
«Éliminer immédiatement le programme de couverture universelle d’assurance maladie d’Obama, donc remettre un Américain sur six sans couverture; donner le coup de grâce aux syndicats américains en révoquant la formule Rand; venir en aide aux plus riches en rendant permanentes les baisses d’impôts de Bush et en éliminant l’impôt sur les successions; s’opposer au droit à l’avortement; envisager sérieusement de bombarder l’Iran.»

Il a bien raison. Je dois toutefois ajouter que je ne crains pas du tout que François Legault ait des intentions semblables.

De son côté, Krugman, lui, s’inquiète dans sa chronique de la vision des entrepreneurs qui ont «réussi», souvent en sabrant dans les emplois comme Romney, et qui veulent diriger le gouvernement avec les mêmes méthodes. À un niveau tout de même moindre, je crains aussi de voir un entrepreneur comme François Legault appliquer ses méthodes de comptable au Québec…

On peut lire le texte complet (avec tous les hyperliens) en allant sur le site de Jeanne Emard.

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