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Le mercredi 26 janvier 2022

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Un patron contre le capitalisme ‘régressif’

Notes de lecture de Christian Chavagneux

Les sept plaies du capitalisme, par Henri de Bodinat
Coll. Documents, Ed. Léo Scheer, 2012, 280 p., 18 euros.

HEC, Sciences-Po, Harvard, patron de Sony France, président d’un fonds d’investissement…, Henri de Bodinat fait partie de ces gens qui travaillent au coeur du capitalisme contemporain et en retirent tous les bénéfices possibles. Seulement voilà, la façon dont il voit ce capitalisme évoluer ne lui plaît pas, mais alors pas du tout ! Et il l’écrit. Mêlant synthèse intelligente d’arguments connus et quelques idées novatrices, le livre, bien construit, se lit facilement et ouvre une myriade de débats.

Capitalisme régressif

Qu’est-ce qui amène ce chef d’entreprise à dénoncer un « capitalisme régressif » ? D’abord, l’obsession de l’argent et de l’ostentation. Les dirigeants d’entreprise ne cherchent plus qu’à maximiser le profit de court terme et leurs rémunérations, seules mesures du succès. Le livre dénonce ensuite la capacité des grandes entreprises à écrire les règles du jeu de l’économie, y compris lorsque cela va à l’encontre de l’intérêt général. Il le montre en matière de santé et d’alimentation, de subventions des centres de recherche pour dévoyer l’expertise, de refus de toute action contre le changement climatique, etc.

Et ce n’est pas fini. La suite dénonce toutes les formes de rentes que développent les entreprises. On y retrouve les cartels et les positions dominantes, mais aussi les « rentes juridiques » comme celle que s’octroie Monsanto dans ses relations avec ses clients afin de supprimer toute concurrence. Henri de Bodinat accuse également notre capitalisme d’être celui de la « surpromesse ». Il en donne plusieurs exemples : les produits alimentaires censés garantir une bonne santé, les médicaments aux bénéfices thérapeutiques exagérés, les produits financiers complexes censés conjuguer hauts rendements et faibles risques, etc. La surpromesse tient également aux comportements visant à dissimuler les conséquences nocives d’une activité, les industries chimique (pesticides, par exemple), pharmaceutique et nucléaire étant mises en avant.

Haro sur la mondialisation

Le chapitre dénonçant la mondialisation fera sûrement débat. Celle-ci est un peu trop rapidement analysée comme le résultat de la volonté de quelques multinationales soutenues par le fanatisme des institutions économiques internationales. Ses effets néfastes sur les salaires et le chômage sont mis en avant en même temps qu’est dénoncé le fait qu’elle ferait gagner du pouvoir d’achat : elle fait grimper les prix de l’énergie et des matières premières, elle accroît les marges d’Apple ou de Mattel, qui continuent à vendre cher leurs produits. Les biens dont les prix baissent dans le textile ou l’électronique grand public ne représentent qu’une faible part du budget des ménages. De plus, les stratégies de change agressives des pays émergents tuent notre industrie. Un bilan plus que mitigé.

Enfin, l’auteur pointe le gaspillage des dépenses publiques. Mais pas d’attaque contre l’Etat-providence, ses cibles sont les labos qui font exploser les dépenses de santé, les dépenses d’armement, les subventions agricoles.

Notre « hypercapitalisme n’est pas une évolution naturelle, c’est une mutation malsaine du capitalisme occidental ». Il faut le sauver de lui-même, conclut Henri de Bodinat.

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