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Le lundi 25 septembre 2017

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Le gouvernement Marois : un bilan mitigé

On ne peut pas faire un bilan satisfaisant après quelques mois seulement d’un nouveau gouvernement. Néanmoins, ces fameux 100 premiers jours de pouvoir sont supposés donner le ton d’un mandat et, en l’occurrence, je n’y trouve pas ce qu’il faudrait pour me réjouir. Si on fait exception du moratoire sur les gaz de schiste et de l’annonce de la fermeture de Gentilly-2, on a de la difficulté à identifier comment ce gouvernement va parvenir à réaliser ses engagements électoraux. Évidemment, lorsque près des deux tiers des électeurs votent pour deux partis politiques de droite et accordent ainsi un mandat minoritaire à un gouvernement, ce n’est pas un contexte idéal pour remplir ses promesses.

D’abord je me serais attendu à ce que ce gouvernement donne le ton en repoussant d’un an l’équilibre budgétaire, comme l’avait fait le ministre fédéral des Finances peu avant. Sans risque pour autant de ne pas obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, cela aurait néanmoins permis de donner un souffle plus substantiel aux mesures budgétaires, sans être obligé, comme ils ont décidé de le faire, de continuer le travail d’entropie de la fonction publique commencé sous les libéraux. Cette seule mesure aurait donné un ton différent à ce gouvernement. Qu’il ait plutôt choisi des mesures d’austérité relève de l’aveuglement et du mauvais calcul politique. Une nouvelle étude vient de paraître en Europe démontrant que l’austérité budgétaire dans la zone euro est un échec retentissant. Sur la base d’un travail collectif d’instituts économiques renommés (ECLM au Danemark, IMK en Allemagne et l’OFCE en France), l’étude montre que cette stratégie mène à une situation dramatique : la zone euro sera en récession en 2013 et le chômage va continuer d’augmenter, pour atteindre près de 27 millions d’Européens à la fin 2013. Cette situation n’est pas soutenable, socialement et économiquement, et elle ne l’est pas non plus du point de vue des finances publiques : les cures d’austérité ont des effets réels si néfastes que les déficits et les dettes publics ne peuvent pas durablement baisser.

L’autre recul inqualifiable est celui sur les questions fiscales. Sur la base du fameux 50% d’imposition que les gouvernements n’auraient plus le droit légitime de franchir, nous avons vu le retour de la courbe de Laffer, largement déconstruite par les économistes ! Mais la vérité, c’est que les 3% de citoyens qui ont des revenus supérieurs à 150 000 $ ont plus de poids que les 34% d’électeurs qui ont voté pour le nouveau gouvernement. Ces gens-là, comme dirait Brel, refusent de façon catégorique de payer légèrement plus pour le bien vivre que nous connaissons au Québec, préférant se solidariser avec les grandes crapules de l’oligarchie pour faire échouer la tentative très timide du ministre Marceau pour une plus grande équité fiscale. Ils me font penser à ces irresponsables du Tea Party aux États-Unis qui sont prêt à faire basculer l’économie de leur pays (et l’économie mondiale) dans la récession plutôt que d’accepter le principe d’une hausse de la fiscalité.

Selon Le Devoir, les sondages indiqueraient que le PQ serait proche d’une majorité à l’heure actuelle. C’est évidemment dans cette optique qu’il faut comprendre le bilan du gouvernement Marois. Avec un peu plus de 60% des électeurs qui avaient votés pour le PLQ ou la CAQ, le calcul est d’aller chercher des votes de droite pour ‘combler le déficit’. Mais ce serait faire un bien mauvais calcul de penser que les 34% de 2012 sont totalement acquis. Les vases communicants du calcul électoral doivent comprendre aussi les électeurs désabusés qui vont laisser passer un tour s’ils se sentent encore une fois comme les dindons de la farce d’un système électoral plus qu’imparfait.

Dans la conjoncture actuelle, où l’affaiblissement de l’activité économique mondiale se conjugue avec l’urgence absolue d’accélérer le virage de l’économie québécoise vers une reconversion écologique, l’augmentation momentanée du ratio d’endettement m’apparaît un moindre mal. Mais pour ce gouvernement, qui est devenu un obsédé dogmatique de l’équilibre budgétaire, au point de préférer perdre le pouvoir plutôt que de faire oeuvre de pragmatisme et d’audace, comment vont-ils pouvoir réaliser leurs engagements concernant le développement durable (cible de -25%, virage vers la mobilité durable, etc.) si la conjoncture se détériore ? Par ailleurs, est-ce qu’ils vont faire pour les redevances minières le même genre de compromissions que ce qu’ils ont fait pour la fiscalité des ménages ? Le vrai bilan sera à faire l’an prochain à la même date…

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