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Le lundi 06 décembre 2021

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Ne nous énervons pas

L’auteur invité est Richard Le Hir, avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95).

Comme on nous l’a répété ad nauseam, les investisseurs n’aiment pas l’incertitude. Pour une fois, ce n’est pas contre le Québec qu’elle joue.

Même si l’on parle beaucoup de la possibilité que le pétrole des sables bitumineux soit prochainement acheminé au Québec et peut-être même au Nouveau-Brunswick, il ne faut surtout pas croire que l’affaire est réglée pour autant.

Au delà de la nécessité d’une entente politique entre le Québec et l’Alberta pour que le projet se réalise, d’autres facteurs, à caractère uniquement économiques ceux-là, vont peser lourd dans la balance.

Ces facteurs sont au nombre de trois :
• 1. Le prix du pétrole
• 2. Le taux de change du dollar canadien
• 3. la possibilité de financer les projets

Lorsque les projets de pipe-line ont été conçus, nous étions dans un contexte où le prix du pétrole était plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui. Les planificateurs tablaient sur un prix certainement supérieur à 100 $ le baril, et sans doute dans une fourchette de 110 à 125 $.

Or en 2012, le prix moyen pour l’ensemble de l’année n’a pas dépassé les 92 $. Cette information est capitale car le prix de revient moyen du pétrole des sables bitumineux se situe dans une fourchette de 60 à 75 $ selon les projets.

Qui plus est, l’économie mondiale est en voie de ralentissement, ce qui va avoir une incidence sur la demande. Dans un contexte de faible demande, le prix du pétrole a tendance à baisser. Et comme si la situation n’était pas déjà suffisamment préoccupante pour les producteurs de l’Alberta, la production de pétrole aux États-Unis est en pleine explosion, ce qui va également avoir une incidence sur le prix du pétrole. Lorsque l’offre est supérieure à la demande, ou que les marchés n’anticipent pas de rareté, les prix ont tendance à baisser.

De plus, si le prix du pétrole devait baisser substantiellement et que la question de la sécurité des approvisionnements ne se pose pas, pourquoi devrions-nous payer notre pétrole plus cher que le meilleur prix que nous serions en mesure d’obtenir sur le marché. Il serait insensé de payer plus cher le pétrole dont nous avons besoin uniquement pour maintenir à flot les producteurs albertains.

Mais il ne faut pas oublier le potentiel des taux de change à jouer les trouble-fêtes. La situation peut changer du tout au tout si le dollar canadien baisse contre le dollar américain. Ne perdons jamais de vue que le dollar canadien à atteint un creux de 0,64 $ US à l’automne de 1995, et qu’il s’est maintenu à un niveau très faible pendant quelques années. Ce qui s’est déjà passé peut encore se produire.

Et les chances que cela survienne ne sont pas si faibles que ça. Comme l’économie canadienne est de nouveau très dépendante du cours des matières premières à cause de l’affaiblissement de sa base manufacturière, s’il fallait que la demande se mette à fléchir substantiellement, la valeur du dollar canadien pourrait baisser en conséquence.

La vraisemblance de ce scénario est tempérée par le risque de décrochage du dollar américain en raison de l’endettement trop élevé des États-Unis. S’il fallait que cela survienne, il est difficile de prévoir dans quelle direction et dans quelle proportion le dollar canadien serait affecté.

La situation est donc assez incertaine, et cette incertitude risque de se répercuter sur la capacité des entreprises concernées (Enbridge, TransCanada Pipeline) à financer leurs projets.

Si leurs actions se négocient à prix fort, les investisseurs n’hésiteront pas répondre favorablement aux appels de financement. Si ce n’est pas le cas et que les actions de ces entreprises se négocient à des prix trop faibles, les marchés y verront un signal que la rentabilité de ces projets n’est pas assurée et se feront tirer l’oreille pour investir.

Or les entreprises n’investiront pas si elles croient que cela pourrait avoir comme effet de faire baisser durablement le cours de leurs actions.

Comme on nous l’a répété ad nauseam, les investisseurs n’aiment pas l’incertitude. Pour une fois, ce n’est pas contre le Québec qu’elle joue.

En fait, sur la base de l’expérience, il faut s’attendre à ce que ces projets soient retardés, avec la possibilité qu’ils soient même annulés si la conjoncture économique devait se détériorer de façon marquée ou prolongée. Le reste, c’est de la littérature.

Pour lire le texte original, on va sur le site de Vigile.

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