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Le lundi 06 décembre 2021

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Les incroyables leçons pour économistes que tire Olivier Blanchard de la crise financière

L’auteur invité est Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Ecponomiques.

La crise financière incite l’économiste en chef du FMI à tirer cinq leçons pour les économistes. Des leçons révélatrices du désarroi de la réflexion économique actuelle.

La première leçon d’Olivier Blanchard devrait être inscrite au frontispice de toutes les universités : les économistes doivent faire preuve d’humilité. Ils croyaient jusqu’à la crise qu’ils « savaient », tout simplement, comment rendre le monde meilleur. La crise, comme toutes celles qui ont précédés, leur ont appris que ce n’est pas vrai.

Au cours des années 1980-1990 et début 2000, les économistes « savaient » en effet que plus on libéralisait la finance et plus on l’internationalisait, plus elle serait efficace. La crise s’est chargée de discréditer cette idée. Ils « savaient » aussi que l’austérité budgétaire impactait peu la croissance. Maintenant, les études du FMI démontrent l’inverse.

L’histoire, rappelle Blanchard, aurait du rendre les économistes plus humbles. Sauf que les économistes n’ont plus de cours d’histoire ! Dans le numéro d’avril d’Alternatives Economiques, une enquête montre qu’en France les cours d’histoire des faits pèsent en moyenne 1,6 % de l’ensemble des enseignements de licence !

La deuxième leçon paraît tout bonnement incroyable au non-économiste : la théorie dominante de ces dernières décennies ne prenait tout simplement pas en compte la finance ! Le « secteur financier », quand il était incorporé dans les modèles, c’est-à-dire rarement, était considéré d’un bloc, sans hétérogénéité des acteurs (banques d’investissements, fonds spéculatifs, banques commerciales…) et sans se préoccuper une seconde de liens entre les acteurs. Sans même parler des modes de financement des banques, des risques pris, etc.

Pour Blanchard, on ne pourra pas faire mieux en la matière ! Et donc accepter cette limite de la « science » économique.

Troisième leçon : la mondialisation, ça compte ! On croit rêver, on se frotte les yeux : il a fallu la crise démarrée en 2007 pour qu’Olivier Blanchard, enseignant vedette du MIT et économiste en chef du FMI comprenne que l’étude des interrelations entre acteurs au niveau international « est devenue absolument essentiel » !!!!

Quatrième leçon : on a compris que pour éviter les bulles de prix d’actifs, l’action de la banque centrale par les taux d’intérêt ne suffit pas. La surveillance des risques pris par les banques individuellement (la politique microprudentielle) non plus : il faut ajouter de nouveaux outils de politique macroprudentielle, pour surveiller les excès de crédit qui peuvent nourrir des bulles financières. Mais, se plaint Blanchard, ces outils fonctionnent mais pas beaucoup car les financiers trouvent toujours de moyens de les contourner.

Il n’en appelle pas pour autant à travailler plus pour mieux comprendre le rôle des paradis fiscaux, non pas seulement en ce qu’ils nous privent de recettes fiscales, mais en ce qu’ils sont des territoires de prises de risques opaques. Il n’en appelle pas non plus à réfléchir à la nature des innovations financières pour déterminer celles qui peuvent être utiles et celles qui peuvent être source de risques systémiques. Blanchard est bien un pur macroéconomiste qui entre dans le corps de ses propres critiques : sa réflexion sur la finance est limitée.

Enfin, dernière leçon : à partir du moment où on donne des outils aux banques centrales pour agir sur l’ensemble des conditions de crédit et pas seulement pour maitriser une inflation à 2 %, leur rôle politique s’accroît. Dans ces conditions, Blanchard a le courage de poser la question de l’indépendance des banques centrales : il est prêt à l’accepter sur la politique monétaire mais pas à laisser complètement indépendantes du pouvoir politique des institutions dotées d’autant de pouvoirs. Une saine réflexion d’économie politique.

Au final, on reste quand même sidéré par les manques d’une réflexion économique qui a failli, depuis plusieurs décennies, à nous fournir les instruments de compréhension du monde et de prévention des crises.

Pour lire le texte original, on va sur le blogue de l’auteur.

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