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Le samedi 24 août 2019

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Les nouveaux outils financiers de la solidarité internationale

Depuis plus de 40 ans, les OCI du Québec agissent principalement à partir du dispositif des dons en provenance du public et des gouvernements (l’ACDI surtout, le MRI un peu). Mais ce soutien, notamment pour financer des infrastructures économiques locales dans le Sud comme cela se présente dans plusieurs expériences, commande souvent d’être accompagné d’une pratique de prêts et de garanties de prêts. L’avenir de la solidarité internationale repose sur cette association complémentaire du don et du prêt et sur une plus grande autonomie de financement des OCI. Quelques initiatives ont commencé à explorer ce nouveau chantier.

L’expérience du Fonds Solidarité Sud : le patrimoine financier des retraités

Miser sur le patrimoine financier des générations qui arrivent à la retraite par la constitution de fondations ou de fonds de dotation. À l’initiative de personnes engagées depuis longtemps dans la coopération internationale, en provenance de différentes régions du Québec et de différents groupes de professionnels, un fonds de dotation a été créé en 2007 par un réseau devenu une association de solidarité en 2010. Ce fonds est le Fonds Solidarité Sud.

Ce fonds a, au plan financier, des objectifs ambitieux : disposer d’un capital de plusieurs millions de dollars afin de doter la solidarité internationale du Québec de meilleurs moyens et de meilleures garanties de durée et d’autonomie par rapport à toute autre source (publique, privée) de financement. Le capital est inaliénable. Ce sont uniquement les intérêts du Fonds Solidarité Sud qui peuvent être utilisés. La composition actuelle du Fonds est la suivante : a) du capital différé soit des polices d’assurance vie et des legs testamentaires pour $1 million ; b) $100 000 de liquidités en provenance principalement de dons mensuels d’individus ou de dons annuels d’organisations ; c) un financement d’appoint d’amis du Fonds ($100/an) branché directement sur des projets de développement jugés prioritaires par ses partenaires du Sud à savoir, en 2013, une communauté forestière au Honduras (en collaboration avec SOCODEVI) et, en 2014, une organisation paysanne sénégalaise (en collaboration avec UPA DI). Évidemment, le capital différé issu de legs testamentaires et de polices d’assurance ne profitera qu’à moyen terme. Rien n’empêche ! C’est un outil financier innovateur qui peut grandir et compléter la mise en oeuvre d’OCI qui travaillent au Sud dans la durée. Des fondations mises sur pied par certaines OCI vont dans le même sens.

L’expérience de la Caisse d’économie solidaire Desjardins et du Fonds Azula

Né en 2009, le Fonds AZULA aide les petits producteurs et entrepreneurs des pays du Sud dans le cadre des projets ONE DROP dont l’approche est constituée de trois volets : une fois l’accès à l’eau assuré, les technologies implantées et la formation dispensée, des services de microfinance entrent en jeu. Pour les communautés, cela signifie pouvoir emprunter l’argent nécessaire pour poursuivre et augmenter leurs activités productives et commerciales et se sortir ainsi de la pauvreté.

Les membres de la Caisse d’économie solidaire Desjardins ont adopté, lors de leur dernière assemblée générale annuelle fin avril, une proposition qui engage la Caisse à mondialiser ses pratiques solidaires. Dans cette perspective, comme elle détient une certaine expertise en matière de services financiers aux entreprises collectives (coopératives et associations), son ouverture internationale l’a engagé dans deux expériences innovantes en matière de coopération Nord-Sud : une avec les réseaux de caisses rurales CRESOL et UNISOL au Brésil et une autre avec le fonds AZULA issu du Cirque du Soleil et présent dans divers pays du Sud. La Caisse inscrit aussi son action au sein du Forum international des dirigeants de l’économie sociale et solidaire/Rencontres du Mont-Blanc. Autrement dit, ce type d’intervention de la Caisse n’est pas que sectoriel (la finance de proximité). Il s’insère dans un mouvement coopératif, mutualiste et associatif qui s’internationalise de plus en plus. À ce propos voir mon article sur les nouvelles dynamiques internationales de l’ÉSS dans la revue Vie économique de juin 2012.

L’expérience française de la SIDI

L’OCI française Terre solidaire avec la SIDI pratique le prêt et la garantie de prêt à de petites et moyennes entreprises au Sud depuis 30 ans. Née en 1983 la Société internationale pour le développement et l’investissement est une société financière qui octroie des prêts et des garanties de prêts pour accompagner des projets de développement local comme celui de l’électrification par le solaire dans des villages au Sénégal. Son financement provient de placements à rendement social de ses membres. Au 1er janvier 2011, le fonds géré par la SIDI atteignait un encours de $60 millions d’euros apportés par près de 5 000 souscripteurs. «Cela facilite ainsi l’accès au crédit des acteurs de l’économie populaire» dit-on à Terre solidaire.

Mise en perspective de ces trois expériences

S’inspirant de ces expériences, on peut aller plus loin et en faire un projet global de type inédit dans notre coopération au développement dans des communautés du Sud. Il s’agirait d’un fonds d’investissement bâti à l’image de nos fonds de travailleurs. Ce fonds serait soutenu, en premier lieu, par des fonds publics incluant des déductions d’impôts et une subvention de départ du gouvernement du Québec. Ensuite, par des gens motivés par la coopération Nord-Sud qui y consentent une partie de leurs épargnes en faisant d’une pierre deux coup : comme pour les fonds de travailleurs, en retirer des avantages financiers pour leur retraite tout en donnant à cette épargne une finalité socioéconomique. Finalement, par le placement de sommes en provenance d’organisations syndicales, coopératives, universitaires, de solidarité internationale, d’associations professionnelles…

C’est, en tout état de cause, ce que le GESQ, appuyé en cela par une douzaine d’organisations dont l’AQOCI, a proposé dans son mémoire à la Commission parlementaire sur le projet de loi 27 portant sur l’économie sociale. Il s’agit d’un fonds de soutien à de petites et moyennes entreprises (coopératives, associatives et mutualistes) au Sud faisant des prêts et des garanties de prêts. Donc un fonds viable économiquement comme nos fonds de travailleurs. Tous les partis politiques présents ont endossé les deux propositions du GESQ : introduire la dimension internationale dans le projet de loi et favoriser l’étude de la faisabilité de ce projet de fonds dans le cadre du plan d’action qui sera produit en 2014 si le dit projet de loi est adopté.

L’Agence québécoise de solidarité internationale, futur opérateur de ce nouveau fonds

Il est clair que la pleine maîtrise de notre développement au Québec en matière de coopération internationale participe du mouvement d’affirmation nationale au Québec, mouvement ouvert sur le monde depuis René Lévesque jusqu’à aujourd’hui. Dans un futur rapproché, n’importe quel gouvernement du Québec qui en aurait la volonté politique pourrait avancer $50 millions pour créer dès maintenant l’agence en question et simultanément demander le rapatriement du $800 millions que nous injectons comme Québécois annuellement dans l’ACDI. Les membres de l’AQOCI appuient ce projet d’une AQSI. Mais tous sont conscients des écueils de cet ambitieux projet : une mobilisation très large est à faire et le contexte tendu d’un mouvement nationaliste fragmenté n’aide pas beaucoup la cause.

N’empêche que, sans espérer le grand soir de la coopération internationale québécoise rapatriant le $800 millions du fédéral qui lui revient, des choses relativement inédites peuvent être entreprises dès maintenant. C’est très probablement une des directions que le comité AQOCI/MRI prendra dans son rapport au gouvernement promis pour décembre prochain. À suivre de près, de très près !

Discussion

Commentaire pour “Les nouveaux outils financiers de la solidarité internationale”

  1. Idées très généreuses, pertinentes et inspirantes de solidarité internationale. A l’image du proverbe wolof qui dit « cultiver à partir des ongles de ses pieds », cette solidarité internationale pourra, doucement mais surement, en associant les petits grains de sable, accoucher plus tard d’une montagne. Tous mes encouragements et mon soutien à ces initiatives.

    Écrit par Insa MBAYE | juin 17, 2013, 7 h 42 min

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