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Le mardi 23 janvier 2018

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0,5% de la population accapare 35% des avoirs

L’auteur invité est Éric Desrosiers, journaliste au Devoir.

Les perspectives de croissance économique stable et durable seraient bien meilleures si nous ne vivions pas dans un monde où 0,5 % des plus riches accaparent 35 % des avoirs de la planète, a rappelé mercredi la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.

Invitée à prononcer un discours lors d’une conférence sur la pauvreté qui se tenait à Washington, la patronne du FMI s’est inquiétée de voir se creuser sans cesse un peu plus, depuis 25 ans, le fossé entre riches et pauvres dans la plupart des pays, du Nord comme du Sud. « L’aggravation des inégalités de revenus est une préoccupation croissante des dirigeants politiques à travers le monde », note-t-elle dans le texte de son discours. « Cela n’est pas [non plus] passé inaperçu [dans la population] : le printemps arabe et le mouvement Occupy, même s’ils étaient différents, ont été, en partie, motivés par le mécontentement face à ces tendances ».

Elle a cité le Canada, l’Afrique du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis comme des exemples de pays où le niveau « d’iniquité s’est envolé depuis 25 ans ». Aux États-Unis seulement, la part des revenus avant impôt du 1 % des plus riches a grimpé, durant le dernier quart de siècle, de 8 % à 18 % de l’ensemble des revenus.

Plus d’égalité pour plus de croissance

La bonne nouvelle, a-t-elle poursuivi, est que, dans les pays développés, l’impôt et les transferts sociaux ont joué un rôle important de redistribution de la richesse depuis 30 ans. « La mauvaise nouvelle ? Ces mécanismes jouent de moins en moins leur rôle depuis 2000. Pourquoi ? Parce que de nombreux pays ont adopté des réformes […] qui ont réduit la générosité de l’aide sociale et fait baisser les taux d’imposition sur les revenus, notamment sur les tranches supérieures. »

Dans les pays en voie de développement, ces mécanismes de répartition des revenus de marché sont généralement plus modestes et donc moins efficaces.

Cette situation n’est pas seulement préoccupante pour des raisons morales, elle l’est aussi pour des raisons économiques, a rappelé la chef du FMI. De récentes recherches scientifiques ont montré que « plus les sociétés sont égalitaires, et plus elles ont de chances de maintenir une croissance économique durable », et vice-versa.

Appel à l’État-providence

Le FMI encourage, par conséquent, les pays à renforcer leurs assises fiscales, notamment en réduisant le nombre d’exemptions d’impôt et en faisant la chasse à l’évasion fiscale. Du côté des dépenses, « le Fonds continuera de faire pression en faveur de biens et de services publics de qualité, la priorité étant la protection et l’augmentation des dépenses sociales visant à réduire la pauvreté et l’exclusion », a assuré Christine Lagarde.

L’ancienne ministre française des Finances et de l’Économie se réjouit notamment de voir que les deux tiers des pays d’Afrique subsaharienne ont su augmenter leurs dépenses en santé et en éducation au cours des dernières années, en dépit des ravages causés par la Grande Récession.

Toujours du côté des dépenses, elle a remis en cause le fait que les gouvernements continuent de subventionner la consommation d’énergie à hauteur de 2000 milliards par année, alors que l’on cherche désespérément à réduire les émissions de gaz à effet de serre et que, dans les pays en développement, ces subventions profitent six fois plus aux classes moyenne et supérieure qu’aux plus pauvres.

Cette défense des politiques sociales par le FMI en fera sûrement sursauter quelques-uns qui lui rappelleront la sévérité des politiques d’austérité qu’il a imposée en Europe et ailleurs.

La position exprimée mercredi par le FMI s’inscrivait dans le cadre du nouvel objectif que vient de se donner son institution soeur de Bretton Woods, la Banque mondiale, soit l’éradication de la pauvreté extrême de la surface de la planète d’ici 2030. D’abord fixée à partir du seuil de 1 $ de revenu par jour, puis de 1,25 $, la proportion d’humains vivant dans l’extrême pauvreté est tombée de 43 % en 1990 à 21 % en 2010. Elle frappe toutefois encore 1,3 milliard d’humains, dont 870 millions se couchent chaque soir la faim au ventre et près de sept millions d’enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque année.

Le discours de Christine Lagarde avait été précédé de quelques heures seulement par le dévoilement d’un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dénonçant non seulement l’accroissement des inégalités, mais l’accélération du phénomène avec la crise économique. N’eût été « l’effet modérateur » de la fiscalité et des transferts sociaux de l’État-providence, y disait-on, les inégalités de revenus se seraient davantage creusées au cours des trois années, entre 2007 et 2010, que durant les 12 années précédentes.

Le problème qui se pose depuis, poursuivait l’OCDE, est que la reprise se fait toujours attendre dans plusieurs pays et, qu’en même temps, plusieurs individus ont épuisé leurs droits à des allocations de chômage, et que les gouvernements sont passés en mode austérité. « Si la lenteur de la croissance persiste et si les mesures d’assainissement budgétaire sont mises en oeuvre, concluait le rapport, la capacité des systèmes d’impôts et de transferts à alléger les niveaux élevés – et potentiellement croissants – de l’inégalité et de la pauvreté des revenus de travail et du capital pourrait être remise en question. »

Pour lire le texte original, on va sur le site du Devoir.

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