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Le dimanche 28 novembre 2021

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Les fonds souverains verts

L’auteur invité est Emmanuel Guérin, directeur de programme pour le climat à l’Institut pour le développement durable et les relations internationales, Sciences-Po

Fin 2011, les fonds souverains gérés s’élevaient à 3 billions (3 000 milliards) de dollars d’après 237 investissements directs d’une valeur de 81 milliards de dollars cette année-là. Certains experts estiment même la valeur des actifs des fonds souverains à 6 billions de dollars. Cela signifie que les fonds souverains, les avatars du capitalisme d’Etat, sont désormais deux fois plus riches que les fonds de placement dans le monde, ces totems des excès du capitalisme libéral.

La montée en puissance des fonds souverains inquiète et dans certains cas essuie de virulentes critiques, en particulier dans les pays hôtes de l’OCDE où de nombreuses personnes craignent une redistribution de la puissance financière, économique et politique dans les pays émergents qui ont des régimes politiques très différents des leurs. En fait sur les sept fonds souverains qui détiennent plus de deux tiers des capitaux de tous les fonds souverains, trois sont en Asie (un en Chine et deux à Singapour) et trois appartiennent au Moyen-Orient (Abou Dabi, Koweït et Qatar).

Les pays européens se classent d’abord parmi les hôtes de fonds souverains, d’une valeur de plus de 40% de toute la valeur des marchés de 2011. Les Etats-Unis, où l’opposition à de tels investissements a été plus forte, en détiennent moins de 10%.

Les craintes de ces pays ne sont pas totalement infondées. Les fonds souverains présentent des risques concrets, dont certains se sont déjà matérialisés, envers l’économie mondiale et les marchés financiers nationaux et ceux des pays hôtes.

Par exemple, certains fonds souverains ont fait face à des pertes provisoires mais significatives, après l’explosion de la bulle immobilière des prêts hypothécaires à risque américains en 2008, et après le déclenchement de la crise de la dette souveraine de l’Union européenne un an après, à cause d’un niveau élevé d’exposition les marchés fonciers, financiers et des économies à dette souveraine. Ceux qui n’ont pas été touchés ont été protégés par l’opposition du pays hôte à des projets dans des secteurs stratégiques, et par le fait que les fonds souverains, conscients de la sensibilité de leurs investissements, et craignant d’éventuelles représailles, ont pour la plupart pris de petites participations (1 à 2%) dans leurs objectifs.

Il existe quelques exceptions à cette règle. Le plus gros investissement du China Investment Corporation l’année dernière était une participation de 30% (3,2 milliards de dollars) dans le gaz et l’exploration pétrolière et le secteur de production du géant français de l’énergie GDF-Suez. Le CIC a choisi d’acquérir une part significative dans une branche, plutôt que d’une faible part dans l’ensemble du groupe, ce qui représente à la fois un avantage stratégique (accès aux ressources énergétiques) et financier (investissement dans des actifs détenus en dollars).

En général cependant, l’opacité est une caractéristique de la plupart des fonds souverains, ce qui aggrave les risques qu’ils posent. Alors que certains fonds souverains, comme le Fonds de pension mondial de la Norvège, (Global), sont transparents, peu d’informations sont disponibles sur la taille de la plupart des fonds souverains, leurs avoirs en portefeuille, leur stratégie d’investissement, leurs performances ou leur mode de gouvernance.

Améliorer la transparence est l’un des principaux objectifs des Principes de Santiago, une série de 24 directives volontaires qui stipulent les meilleures pratiques en matière de fonds souverains. Vingt-cinq pays ont ratifié ces Principes en 2008. Mais alors qu’ils sont une première étape importante vers la mise en place d’un cadre juridique de contrôle institutionnel et de gouvernance des fonds souverains, de mesures politiques d’investissement et de gestion des risques, ils sont inégalement appliqués et sont largement considérés comme insatisfaisants.

Compte tenu de la répartition géographique des fonds souverains et de leurs investissements, une réglementation vraiment mondiale est hautement improbable. Mais sans une surveillance plus étroite, les fonds souverains seront inévitablement confrontés à des restrictions pour des motifs politiques par certains pays hôtes : il est donc dans leur intérêt d’intensifier leurs efforts d’autorégulation.

La nécessité d’accroître la transparence des activités des fonds souverains ne doit pas masquer leurs avantages potentiels. Comme investisseurs à long terme, les fonds souverains peuvent aider à réduire la volatilité du marché grâce à l’intermédiation financière, et contribuer au financement de projets avec des taux positifs, mais avec des rendements à long terme.

En outre les fonds souverains présentent des avantages comparatifs par rapport à d’autres types d’investisseurs institutionnels. Contrairement aux compagnies d’assurance et aux fonds de pension, ils n’ont aucune dette à long terme ni aucune obligation future de paiement. Et en tant qu’investisseurs publics, ils sont susceptibles d’avoir une meilleure compréhension des projets d’investissement de politique publique. Compte tenu de ces avantages, les fonds souverains jouent un rôle important et croissant dans le financement des infrastructures.

Les nouveaux règlements financiers, Bâle III pour des banques et Solvabilité II pour les assureurs, renforcent ces avantages. Bien que les règlements soient susceptibles de réduire la probabilité et l’impact des crises financières, ils rendront également les prêts à long terme plus chers et les investissements en capitaux non liquides plus risqués.

En conséquence, les banques et les assureurs pourraient se désengager du financement des infrastructures, pour créer plus d’opportunités à moindre coût pour les fonds souverains. Étant donné que l’infrastructure est essentielle au développement durable, ceci pourrait éventuellement conduire les fonds souverains à devenir des acteurs clés dans ce domaine.

Pour atteindre cet objectif, les fonds souverains doivent modifier leur modèle d’investissement. En 2011, les fonds souverains ont investi 35,2 milliards de dollars dans les services financiers, 13,4 milliards de dollars en immobilisations, 13,2 milliards de dollars dans les ressources de combustibles fossiles (principalement le pétrole et le gaz), 6,5 milliards de dollars dans les infrastructures et les services publics, et 3,4 milliards de dollars en fabrication d’avions, d’automobiles, de bateaux et de trains. Étant donné que l’objectif principal des fonds souverains est de transférer la richesse aux générations futures, leur niveau élevé d’exposition aux marchés des combustibles fossiles n’est pas durable.

En effet, le reste du « budget » des émissions de carbone jusqu’en 2050, dont le respect est nécessaire pour limiter la hausse de la température mondiale de 2°C, est cinq fois plus petit que l’équivalent carbone des réserves prouvées de combustible fossile. Cela signifie que seulement 20% de ces réserves, sur la base desquelles les actifs des fonds souverains sont évalués, peuvent être consommées sans relâche.

Certains fonds souverains au Moyen-Orient et en Asie semblent comprendre les risques associés aux portefeuilles d’investissement lourds en carbone et sont prêts à collaborer pour créer une plate-forme de financement à faible émission en carbone, pour des projets d’infrastructures écologiques économes en ressources. En effet, l’idée a été discutée en janvier au Sommet mondial des énergies de l’avenir et à la Conférence internationale sur l’énergie renouvelable à Abou Dabi.

Il faut soutenir cette initiative sans équivoque, afin qu’elle serve de tremplin pour mettre davantage l’accent sur les investissements verts des fonds souverains. Avec la bonne approche, les fonds souverains peuvent offrir d’importants avantages à long terme pour tous.

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier.
Copyright: Project Syndicate, 2012.
www.project-syndicate.org

Pour lire le texte original, on va sur le site de Project Syndicate.

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