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Le lundi 06 décembre 2021

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Le GIEC et la bombe de méthane de l’Arctique

Le 5e rapport du GIEC devrait jouer un rôle majeur pour redonner à la communauté internationale la volonté de prendre des actions décisives pour réduire les émissions de GES. Cependant, comme le soulignait mon collègue Jean-Frédéric Lemay dans son billet de la semaine dernière, ce rapport est contesté par des écologistes de renom (je ne réfère pas ici aux nombreux négationnistes soudoyés par les lobbys) parce qu’il ignore de larges parts de la littérature la plus récente et omet ce qui ne peut être modélisé.

Pour Joe Romm par exemple (Climate Progress), en mettant un effort, tout à fait légitime, à démontrer le rôle de l’activité humaine dans le réchauffement climatique, le 5e rapport du GIEC omet d’aborder l’effet de rétroaction naturel (carbon-cycle feedback) créé par la fonte des pôles. Ce faisant, les prévisions du rapport du GIEC sous-évaluent les effets futurs des changements climatiques. Or, cet effet de rétroaction représente une « bombe à retardement invisible ». Selon les estimations actuelles, pas moins de 50 milliards de tonnes de méthane (ce gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2) se trouveraient en mer de Sibérie orientale, soit la partie de l’océan Arctique située au nord-est de la Russie. En 2008 des chercheurs russes avaient considéré qu’il était « hautement possible » que des milliards de tonnes de méthane s’en libèrent.

Comme le signale Alexandre Shields dans le Devoir, il s’agit là d’une bombe qui risquerait de coûter très cher à l’humanité : lorsqu’on prend en compte les inondations, sécheresses, tempêtes, ainsi que les pertes de productivité que provoqueraient les changements climatiques découlant de cette bombe à retardement, l’impact serait évalué à 60 000 milliards $ (selon les calculs établis par une équipe de scientifiques de l’université de Cambridge et d’Erasmus University Rotterdam et publiés dans la revue Nature). Et si les 50 milliards de tonnes de méthane étaient libérées durant 20 ans, entre 2015 et 2035 par exemple, le coût serait d’environ 64 500 milliards $. Si la fuite s’étalait sur 30 ans, entre 2015 et 2045, il s’élèverait à 66 200 milliards. À titre de comparaison, la valeur de l’économie mondiale en 2012 avoisinait les 70 000 milliards $.

Le pire c’est que la disparition de la glace est considérée comme une bonne nouvelle par les milieux économiques et les gouvernements qui espèrent tirer profit des nouvelles routes maritimes et de l’accès à d’abondantes ressources d’hydrocarbures. L’Arctique recèlerait en effet 30 % des réserves de gaz supposées et 13 % des réserves de pétrole, donc suffisamment pour assurer, si ces réserves étaient consommées, la fonte complète du pergélisol. La mise en garde des scientifiques Chris Hope et Peter Wadhams, de l’université de Cambridge, donne un éclairage différent du débat : « Les possibles bénéfices [de la fonte de la glace] se comptent en dizaines de milliards de dollars ; nous, nous parlons de milliers de milliards de dommages et de coûts ».

D’ici là, la route maritime du Passage du Nord-Ouest commence déjà à être une réalité pour les transporteurs. Comme on peut le constater dans le graphique à la fin de ce billet, la superficie de glace de l’Arctique diminue d’année en année à son point le plus faible en septembre, avec l’atteinte de son plus bas niveau en 2012. Et comble de l’ironie, cette diminution de glace a permis il y a deux semaines à un cargo de 225 mètres, le Nordic Orion de transporter…du charbon du port de Vancouver jusqu’à la Finlande. Le Passage du Nord-Ouest (le long de la Terre de Baffin et du Groenland) permet aux propriétaires de ce cargo de sauver 4 jours en mer et d’augmenter son chargement de 25% en évitant le passage habituel du canal de Panama. Pourquoi donc ces gens voudraient-ils diminuer le réchauffement climatique ?

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