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Le lundi 06 décembre 2021

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Dérèglement climatique : pourquoi tant d’aveuglement ?

L’auteur invité est Philippe Frémeaux, d’Alternatives Economiques

Malgré les alertes des scientifiques du Giec, le réchauffement climatique ne suscite pas de réactions politiques à la hauteur des dangers. Trois raisons à cela : l’aveuglement court-termiste des responsables politiques, la persistance des inégalités et la croissance comme condition de survie dans un monde dominé par la concurrence.

Le Giec, le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat des Nations unies, a rendu son cinquième rapport vendredi. Il confirme l’origine humaine du changement climatique et ses conséquences : élévation de la température du globe, montée du niveau des mers… Et pendant ce temps-là, on ne fait rien ou presque.

Certes, l’Europe, notamment, s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Certes, de nombreux pays développent les énergies renouvelables et des milliers de collectivités locales agissent pour réduire leur empreinte écologique. Mais ces initiatives ne sont pas à la hauteur de l’enjeu ; la quantité de gaz à effet de serre émise au niveau mondial continue de croître. Résultat, on va dans le mur et de plus en plus vite. On peut donner trois raisons à cette inconscience.

La première tient au fait qu’à chaque rapport du Giec, on pousse quelques cris puis nous revenons à nos problèmes quotidiens, le chômage, le pouvoir d’achat, la reprise. À écouter médias et responsables politiques ces derniers jours, il m’a même semblé que le problème majeur de l’humanité n’était pas le changement climatique mais les Roms ! En fait, les catastrophes annoncées, mêmes certaines, s’inscrivent dans un temps long et supposent de prendre des décisions fortes, dont les coûts sont généralement immédiats et les effets bénéfiques, lointains. Or, le temps de la politique est un temps court. Les prochaines élections, c’est demain. Il faut donc trouver des modes d’action qui répondent aux exigences du temps long comme à celles du temps court. C’est le cas, par exemple, des programmes de rénovation thermique du bâtiment qui créent des emplois tout en réduisant la facture énergétique des ménages et du pays.

La seconde raison tient aux inégalités. Inégalités au sein de nos pays, inégalités entre pays. Le discours écologique appelant à consommer moins n’est pas audible dans une société aussi inégalitaire que la nôtre, où les plus riches gaspillent sans compter et où les plus pauvres n’accèdent pas aux standards permettant de vivre dignement. Même constat entre pays. Les pays émergents ne voient pas pourquoi ils n’auraient pas, eux aussi, le droit de se développer, et considèrent que c’est aux pays riches de réduire d’abord leurs émissions de gaz à effet de serre. D’où la difficulté à dégager un accord international pour répartir les efforts à fournir par chacun. Et, en l’absence d’accord, pourquoi donc faire des efforts tout seul, puisque ceux-ci ne serviront à rien ou presque, si les autres continuent à polluer tant et plus…

Et puis, il y a une troisième raison, qui tient à la dynamique même de notre société, une société où la concurrence l’emporte encore sur la coopération, concurrence entre firmes, concurrence entre pays. Dans ce contexte, continuer à croître, à produire toujours plus est perçu par les entreprises comme une condition de la survie et, par leurs salariés, comme la garantie de conserver leur emploi. Mais ce n’est pas seulement une affaire d’intérêts économiques. Car continuer à croître, c’est aussi une exigence pour les États. C’est le grand paradoxe de la situation : la croissance étant le support de leur puissance, les États voient dans sa poursuite la garantie de pouvoir accéder demain à des ressources en voie de raréfaction. Dit clairement, si l’Inde et la Chine construisent des porte-avions, c’est aussi pour pouvoir nous disputer demain les dernières gouttes de pétrole du Moyen-Orient…

Le pire, cependant, n’est jamais sûr. Tout l’enjeu est de casser cette logique de concurrence mortifère et donner plus de place à la coopération, au sein de nos pays, comme entre pays. C’est à cette condition qu’on pourra donner à l’économie ce qui devrait être sa vraie mission : assurer les besoins de tous de manière soutenable. Autant dire qu’il est plus que jamais nécessaire que des voix s’élèvent pour défendre l’intérêt général de l’humanité.

Pour lire le texte original, on va sur le site d’Alternatives Economiques.

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