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Le lundi 06 décembre 2021

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Une politique industrielle tournée vers la transition et l’emploi

Il faut reconnaître que les efforts engagés par le gouvernement de Pauline Marois dans la nouvelle politique économique sont louables. Contrairement au précédent gouvernement, on y trouve une volonté avouée de renforcer le modèle québécois de développement : les diverses mesures et programmes de Priorité Emploi vont solidifier les institutions qui n’avaient pas été éliminées par le gouvernement Charest, vont recréer (sous de nouvelles formes) des lieux de concertation quasi totalement disparus et vont même en créer de nouvelles. Les mesures d’intervention sont également marquées par un évident souci de cohérence dans les efforts pour le passage à une économie verte. Néanmoins, il y manque une vision claire et ambitieuse pour une stratégie globale de transition écologique de l’économie québécoise. Quel modèle de développement veut-on pour le Québec de 2020 ou de 2030 et quels moyens veut-on prendre pour y parvenir ? Sur ce plan, on y trouve rien qui permettrait de mobiliser les intelligences et les efforts pour transformer l’économie québécoise.

Pourtant, on pourrait s’inspirer de nos cousins français qui, depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir au printemps 2012, ont lancé de vastes chantiers pour le renouvellement du modèle français de développement. Prenons l’exemple du ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui vient juste de lancer un ouvrage, La bataille du Made in France (Editions Flammarion), dont le propos est de présenter sa volonté d’engager une politique qui mette en avant la défense et la promotion des capacités productives de la France pour qu’elle puisse trouver sa place dans la mondialisation par une alliance de l’Etat et des entreprises, des patrons et des salariés. On trouve à la fin de l’ouvrage les 34 grands projets industriels public-privé annoncés à la rentrée de l’automne dernier, qui seront pilotés par de grands industriels ou des pôles de compétitivité (qui s’apparentent aux grappes industrielles québécoises). Certains projets sont très précis (TGV et voiture du futur, avion électrique) alors que d’autres naviguent dans le flou (usine du futur, objets connectés, réalité augmentée). Mais deux grandes lignes dominent : « la transition énergétique et la transition numérique », assurent les responsables du ministère.

Arnaud Montebourg mise beaucoup sur ce qui a déjà été l’une des forces du Québec : les lieux de concertation de tous les acteurs intéressés. Ce qui n’était pas, a contrario, dans les gènes du modèle français. Le ministre a donc créé 13 comités stratégiques de filières – qui réunissent patronat et syndicats pour réfléchir aux questions d’organisation et de formation – qui vont participer à la gouvernance des pôles de compétitivité, des structures créées par les investissements d’avenir et la Banque publique d’investissement.

Ce qui est à retenir de cet effort de la France, c’est la volonté de repenser le système productif national dans un contexte de nouvelle révolution industrielle de manière à, en même temps, repositionner l’économie nationale dans une nouvelle mondialisation émergente. Or, selon l’opinion exprimée par les sondages, les Français qui le peuvent, préfèrent payer un peu plus cher des produits au contenu de valeur ajouté majoritairement national. D’autres, préfèrent payer un peu plus chers des produits provenant des circuits locaux, pour des raisons environnementales. Donc, dans un contexte où l’on assiste à une évolution (certes timide, mais réelle) de la montée de coûts de la mondialisation (salariaux, environnementaux…), les conditions de réussite d’une orientation plus nationale des économies est désormais placé au cœur des débats.

Aux États-Unis, non seulement ce débat est amorcé, mais les mesures qui ont été prises commencent déjà à donner des résultats. Le « made in America » est de retour : on évalue que d’un à deux millions d’emplois pourraient revenir de Chine d’ici à dix ans. Selon l’avis du Boston Consulting Group (BCG), le moment critique approche où, pour beaucoup d’entreprises américaines, il ne vaudra plus la peine de produire en Chine et où s’engagera, à vaste échelle, un mouvement de relocalisation vers les États-Unis. À l’exception des industries où les coûts de main-d’œuvre sont prépondérants, la hausse des salaires et des coûts additionnels en Chine (dont les coûts environnementaux et de santé) aura si bien entamé son avantage compétitif, que les raisons de s’y délocaliser relèveront d’autres facteurs que ceux en cours actuellement. Il n’y a donc pas que la main-d’œuvre qui joue un rôle, le coût de l’électricité a également bondi en Chine depuis 2000 (alors qu’il a baissé aux États-Unis), et les terrains ne s’achètent plus pour une bouchée de pain. Si on y ajoute l’appréciation du yuan et les frais de transport (les cours croissants du pétrole, on obtient des coûts de production de moins de 10 % de différence en 2015. Le cas récent de Apple qui a décidé de rapatrier une partie de sa production aux États-Unis indique que ce secteur sera l’un des fers de lance de la croissance chez nos voisins.

Alors, que devrait faire le Québec ? À tout le moins lancer le plus rapidement possible un vaste chantier de débats et de réflexion, regroupant les spécialistes, les industriels, les syndicalistes, les représentants de l’ÉSS et des groupes environnementaux, pour identifier les grands chantiers nationaux pour le renouvellement du modèle québécois et du modèle productif (de biens et de services) permettant de répondre aux enjeux du XXIe siècle.

À surveiller: l’IRÉC va publier dans les jours qui viennent une note d’intervention faisant l’analyse de la nouvelle politique économique québécoise.

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