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Le mardi 21 novembre 2017

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Le FMI a lu Keynes…et il a aimé !

L’auteur invité est Gilles Raveaud, collaborateur à Alternatives Economiques.

Plutôt connu pour ses positions « austéritaires », le Fonds monétaire international (FMI) vient de frapper un grand coup en appelant à un investissement massif dans les infrastructures. Cela concerne tant le Nord – la qualité des infrastructures se dégradant aux Etats-Unis et en Allemagne – que le Sud – le Brésil, l’Inde, la Russie et l’Afrique du Sud souffrent de goulots d’étranglement qui freinent leur développement.

Pourquoi investir dans les infrastructures ? Parce que seuls les Etats peuvent effectuer ces dépenses importantes. Et que le ratio entre le stock de capital public et le produit intérieur brut (PIB) a partout « diminué de manière significative ». Ainsi, l’investissement public ne représente plus que 3 % du PIB dans les économies développées, contre 4 % dans les années 1980.

Pourquoi maintenant ? Parce que les taux d’intérêt sont bas et que… il n’y a pas d’autre moyen de faire repartir l’économie dans les pays riches. Mais comment financer de tels projets ? Là est la vraie question. Pour les auteurs, qui se révèlent fidèles disciples de John Maynard Keynes, les projets se financeront tout seuls grâce au supplément de croissance, et donc de revenus fiscaux, qu’ils engendreront.

Trois facteurs déterminent l’ampleur des bénéfices à attendre de cet investment push. Tout d’abord, la crise économique : plus elle est forte, plus les bénéfices seront élevés. Ensuite, l’efficacité avec laquelle les projets d’investissement sont sélectionnés, gérés, évalués. Enfin, le mode de financement : si l’Etat prélève de nouveaux impôts, cela aura un effet récessif. Un financement par la dette sera donc préférable, surtout que, selon le Fonds, les investissements feront diminuer le ratio dette publique/PIB dans les pays riches.

Reste la pratique : les hommes politiques adopteront-ils les projets les plus efficaces, ou ceux qui satisfont leur électorat ? Préféreront-ils le long terme au court terme ? Pour parer à ces difficultés, les auteurs de l’étude donnent en exemple l’Australie, le Chili et la Corée du Sud : ces trois pays disposent d’un processus indépendant d’évaluation des projets et mettent en oeuvre une planification à moyen terme garantissant que les projets seront menés à bien ; et ils procèdent à des évaluations systématiques. Le Royaume-Uni, le Danemark et la Norvège sont également félicités pour la qualité de leurs procédures budgétaires.

Pour Gregory Mankiw (Harvard), le FMI dérape : il est « dangereux » d’encourager la pensée du « repas gratuit » (free lunch) en affirmant que les investissements s’autofinanceront. Et pourtant, explique son collègue de Harvard Lawrence Summers, c’est bien le cas. Il est en effet aisé pour de nombreux projets de générer des revenus fiscaux supérieurs au coût de l’emprunt, les taux d’intérêt réels étant inférieurs à 1 % dans de nombreux pays riches.

Et il faut ajouter à cela les gains à attendre de la réduction du chômage, les économies réalisées par le fait d’éviter de coûteuses réparations ultérieures, et le gain pour l’économie d’une sortie plus rapide de la récession. Une fois tous ces éléments pris en compte, le FMI obtient un taux de rendement des investissements de… 300 % (3 euros de PIB supplémentaires pour 1 euro investi). Voilà donc Keynes roi à Washington. On espère sa venue à Bruxelles, Paris et Berlin.

Pour lire le texte original, avec les hyperliens, on va sur le blogue de l’auteur.

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