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Le lundi 25 septembre 2017

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La finance solidaire québécoise peut-elle servir de levier dans des communautés du Sud ?

L’auteur invité est Louis Favreau, titulaire d’une Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC) à l’UQO. Extraits.

À quoi pourrait ressembler un futur Fonds québécois d’investissement solidaire (par prêts et garanties de prêts) dédié aux économies du Sud ? Essai d’illustration et de démonstration à partir de cinq expériences pour comprendre ce que peuvent faire des fonds apparentés au projet sur lequel l’AQOCI travaille d’arrache-pied ces temps-ci. Quatre critères principaux ont servi à les sélectionner de manière à faire apparaître par delà leur tronc commun la diversité : 1) le milieu rural et le milieu urbain ; 2) les pays et les continents (dans ce billet des pays d’Amérique latine et d’Afrique de l’Ouest) ; 3) les principaux porteurs au Sud qui sont soit une ONG, une organisation paysanne, une coopérative ou une association à vocation économique ; 4) la base sociale principale des projets : des femmes, des familles paysannes, des résidents de quartiers populaires ou des habitants de communautés rurales.

Préambule : la microfinance, une arnaque ou un levier ?

Au départ, mentionnons que la microfinance peut être une arnaque. Ou elle peut être un levier. Il faut d’abord départager certaines choses, notamment la provenance des fonds qui sont prêtés. Il y a en effet une importante différence entre les institutions de microfinance (IMF) qui prêtent de l’argent venant de banques privées ou d’institutions financières internationales, et celles qui misent sur une épargne locale qui est ensuite réinvestie dans la collectivité par le biais, entre autres, de micro-prêts.

Cette microfinance solidaire est issue de la mouvance coopérative. Elle est intéressante parce qu’elle questionne la place du « privé » dans ce secteur et ses taux d’intérêts usuraires. Elle se définit comme une alternative. Par exemple, au Québec, Développement solidaire international (DSI) et la Caisse d’économie solidaire Desjardins, deux organisations liées à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), sont de cette mouvance.

Contrer la dépendance des communautés

La microfinance solidaire est un outil d’épargne pour le développement. Dans un contexte où les collectivités locales craignent de plus en plus de perdre leur souveraineté sur l’économie de leur territoire en raison de la menace que les multinationales font peser sur elles, l’idée de renforcer une économie de proximité – ancrée dans les territoires, axée sur les besoins et disposant de règles prudentielles – est perçue comme un espoir, notamment parce que cette économie est plus faiblement exposée à la concurrence mondiale. C’est le cas, par exemple, de l’agriculture biologique, des services locaux de santé, de la production et de la distribution de l’électricité. Elle est un levier pour contrer la dépendance des communautés.

Au Sud, cette pratique existait depuis longtemps, mais c’est à la fin des années 1990 que le succès du microcrédit a ouvert la porte au développement de la microfinance fondée la plupart du temps sur le modèle coopératif, cette dernière englobant toute une gamme de services financiers à destination des communautés concernées : épargne, crédit, assurances, systèmes de prêts rotatifs, fonds d’investissement dédiés aux PME locales, etc. Le besoin lié à cette dynamique : le fait que la majorité des populations concernées manque de patrimoine, de revenus fixes et de relations pour obtenir du crédit. Et pourtant elles ont un droit strict d’accès à des services financiers de proximité. Au Québec, les caisses Desjardins ne sont-elles pas nées de ce besoin-là au début du 20e siècle ? Mais comment la microfinance solidaire fonctionne-t-elle concrètement au Sud ? Récit de cinq expériences que nous avons sélectionnées pour les fins de ce texte.

Récits de quelques expériences pertinentes au Sud […]

Conclusion

Bref, finances solidaires et solidarité internationale peuvent se conjuguer : l’épargne pour le développement est un des ingrédients indispensables pour changer d’échelle et nous tirer tous et toutes vers une autre mondialisation. Mais il faut que cette épargne soit placée aux bons endroits pour que ce soit tout à la fois viable économiquement et socialement utile. Les conditions de la réussite existent même si des obstacles importants sont toujours présents : faible intérêt des pouvoirs publics ou, pire, un régime autoritaire dans certains pays ; institutions financières privées entrant en concurrence avec ces initiatives dans d’autres limitant ainsi leur portée ; sécurité physique des personnes et des organisations en raison de conflits récurrents dans certaines régions du monde ou en raison de risques climatiques, etc..

« Une économie autrement », une « économie non capitaliste de marché », pour parler dans les termes de R. Petrella (au Sommet international des coopératives de 2012), ne se décrète pas. Elle se bâtit d’abord dans des initiatives socioéconomiques citoyennes liées à des mouvements sociaux. Et pour se développer à plus grande échelle, il faut une volonté politique des acteurs eux-mêmes, des mouvements qui évoluent dans leur environnement immédiat, de la solidarité internationale de proximité et en dernière instance des États. S’il y a une conclusion à tirer, c’est que chaque organisation, quelle qu’elle soit, a besoin de se créer ses propres outils économiques collectifs pour progresser. À défaut de quoi, elle demeure dépendante du financement public.

Pour lire le texte original, on va sur le blogue de l’auteur.

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