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Le samedi 18 novembre 2017

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Financer la reconversion verte

Les auteurs invités sont Gilles L. Bourque, économiste, chargé de projet à l’IREC et coordonnateur aux Éditions Vie Économique, et Robert Laplante, directeur général de l’IREC.

Dans cette note d’intervention, l’IREC tente de cerner quels seraient les principaux enjeux liés au lancement d’un vaste programme d’investissement pour se libérer du pétrole et s’engager dans la reconversion vers une économie verte. […]

Le prix à payer pour se libérer du pétrole

La précédente note d’intervention de l’IREC attirait l’attention sur le fait que la Suède avait récemment décidé d’éliminer le pétrole de son portefeuille énergétique d’ici 2030. C’est un choix économique audacieux, qui renvoie à des décisions importantes en matière d’insertion dans l’économie globale. Le Québec, qui partage avec elle une même sensibilité aux enjeux climatiques, tout comme pour la solidarité sociale, n’aurait-il pas intérêt à faire cause commune avec la Suède ? Se libérer du pétrole pour 2030 constitue un formidable défi collectif en même temps qu’un choix déterminant pour le type d’économie dans lequel nous voulons inscrire notre modèle de développement. Devant les périls climatiques, les sociétés ont le choix de subir ou de prendre les devants en s’assurant de mobiliser les moyens qui leur permettront de faire leur part pour limiter les dégâts, sinon pour redresser la situation.

Pour parvenir à réaliser cet objectif ambitieux, le Québec aurait besoin de développer toutes ses capacités, dans un élan comparable à celui qui fut fait dans les moments les plus forts de la Révolution tranquille. La reconversion des infrastructures en faveur d’une économie verte imposent, en effet, d’investir massivement dans le développement des capacités financières, humaines et productives du Québec. Mais quel prix cela peut-il représenter ? Et avons-nous les moyens de le faire ?

L’IRÉC estime que le secteur du transport représente un secteur névralgique qui peut fournir une bonne idée des obstacles à surmonter mais surtout des avantages à tirer d’une approche du développement reposant sur l’initiative et l’optimisation de notre potentiel. C’est en effet ce secteur qui représente la plus grande part de la consommation d’énergie fossile au Québec. Dans le rapport de l’IREC intitulé L’électrification du transport collectif : un pas vers l’indépendance énergétique du Québec, nous présentons un plan global d’intervention.[…]

Pour se libérer des énergies fossiles d’ici 2030, ces investissements, et d’autres qui s’ajouteront, seront absolument nécessaires. Il est assez difficile d’évaluer aujourd’hui leur coût global. Pour contourner cette difficulté, nous allons faire appel à la proposition de Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, qui dans son étude commandée par le gouvernement britannique en 2006 estimait que les pays devraient investir annuellement 1% de leur PIB dans la lutte aux changements climatiques s’ils veulent éviter un réchauffement climatique supérieur à 2o C.

Il faut comprendre que cette règle du 1% est une approximation. Certains pays vont devoir investir davantage, alors que d’autres – comme le Québec – devraient investir moins en raison du niveau déjà atteint d’utilisation d’énergies renouvelables. Par contre, Nicholas Stern proposait cette règle sur un horizon de 40 ans, alors que nous l’utiliserons ici pour un délai plus court de 20 ans. C’est pourquoi nous pensons que la règle simple du 1 % représente une bonne approximation du coût de reconversion de l’économie du Québec. Sur la période 2010-2030, elle nous permet donc d’évaluer ce coût à entre 90 et 100 milliards $, selon les hypothèses que l’on peut faire sur le taux de croissance future de l’économie québécoise.

Des investissements globaux de 100 milliards en 20 ans, une moyenne de 5 milliards $ par année ! Dans le contexte actuel de financiarisation de l’économie, dominé par la spéculation et des exigences de rendement insoutenable, et d’une obsession maladive des classes dirigeantes pour une diminution de la dette publique, comment donc le Québec peut-il penser pourvoir financer de tels investissements pour la reconversion de son économie ? Nous pensons qu’il est possible d’y arriver en mobilisant d’abord l’épargne québécoise.

Financer la reconversion

Pour mobiliser une telle somme de capitaux, il est évident que le Québec devra innover. Mais il faudra d’abord innover socialement, de manière à sortir du cercle vicieux des innovations financières des récentes années, qui ont failli déboucher sur une dépression aussi profonde que celle des années 1930. Même si, plus que jamais auparavant, le modèle économique actuel génère une masse d’actifs considérable – grâce à une épargne de masse -, l’accès à cette épargne est difficile parce qu’elle s’est de plus en plus désocialisée, que sa gestion est devenue opaque et que ses objectifs ont été réduits aux seuls aspects du rendement, sans lien avec les préoccupations de société inhérentes aux objectifs poursuivis par le placement de l’épargne. […]

Au Québec, certaines conditions sont déjà réunies pour procéder à cette rénovation. D’une certaine manière, on peut dire que les fonds de travailleurs représentent le type d’innovation sociale qui montrent la voie : des institutions financières canalisant une partie de l’épargne-retraite des ménages à revenu moyen vers du capital patient, contrôlé par des acteurs collectifs. Mais l’innovation des fonds de travailleurs se concentre principalement sur le capital de développement, tourné vers le financement de PME en croissance. Il nous reste à appliquer le même principe aux pratiques de l’industrie du placement de manière à pouvoir en orienter une partie sur un horizon de long terme, vers le financement de la reconversion – par exemple, dans des infrastructures de transport public.

Pour mettre en œuvre cette rénovation dans le domaine du placement, on pourrait s’inspirer de la campagne étatsunienne du mouvement de la finance sociale (More for Mission Campaign), qui propose de mobiliser 10 % des actifs des œuvres philanthropiques (des fondations publiques ou privées) dans des investissements directs à vocation sociale (i.e. en finance solidaire). Au Canada, un mouvement semblable s’organise. On évalue qu’une telle campagne du 10 % permettrait de générer un actif global de 3 milliards $ pour la finance solidaire. En suivant un raisonnement similaire, on pourrait proposer que les actifs d’épargne-retraite, qui jouissent de la part de l’État d’avantages fiscaux appréciables (ça représente un coût fiscal de plus de 10 milliards $ par année), devraient en contrepartie investir une proportion fixée par règlement de leurs actifs dans des projets à vocation durable (reconversion vers une économie verte). Selon une étude de la Régie des rentes du Québec, l’actif cumulé de la RRQ était de 26 milliards $ à la fin 2008, celui des caisses de retraite complémentaires de 138 milliards $ et celui des REER à 141 milliards $. Au total, c’est 300 milliards $ d’actif en épargne-retraite. Si la proportion était fixée à 10 %, cela représenterait donc un fonds de 30 milliards $ d’actif disponible dès maintenant pour la reconversion. Sur une période de 20 ans, en considérant une croissance normale de ces actifs, de leur rendement et leur réinvestissement à échéance, cette seule mesure appliquée dès maintenant permettrait ce combler les besoins de 100 milliards $ d’investissements pour la reconversion.

Réforme et innovations institutionnelles

Pour réaliser une telle rénovation du système financier, nous pensons qu’il faut procéder sur deux fronts simultanément : celui de la pérennisation du système de retraite, d’abord, et celui de la réorientation de la philosophie de placement, ensuite. Le but est de créer, sur chacun d’eux, les institutions qui permettront de concilier les objectifs d’un système de sécurité du revenu à la retraite avec les besoins de reconversion de l’économie. Cette rénovation n’exige pas d’être très radicale dans sa forme. C’est d’une réforme en profondeur dont nous avons besoin, plutôt qu’une révolution. Par exemple, revendiquer le passage d’un système de capitalisation vers un système intégral de répartition reviendrait à remettre la rénovation aux calendes grecques. Bien au contraire, une réforme en profondeur peut nous permettre, aujourd’hui même, de profiter de la combinaison des avantages des deux systèmes (une solidarité et un capital financier accrus) sans en subir tous les désavantages (une taxation et un fardeau financier élevés). Nous pensons qu’il faut privilégier l’innovation sur la base de nouvelles règles obligatoires, réalisables à court terme, mais dont les conséquences de moyen et long terme permettraient de transformer la donne de façon importante.[…]

Conclusion

Les quelques éléments de réflexion ici proposés sur les enjeux du financement de la reconversion du modèle québécois vers une économie verte visent à susciter et enrichir le débat public qui s’impose. Le Québec a les moyens de son développement. Il a les moyens d’une reconversion audacieuse de son économie. Il a surtout la possibilité de le faire en minimisant les risques à la condition expresse de reconfigurer les institutions et les cadres de pensée qui régissent l’utilisation d’une richesse impressionnante, celle que l’épargne retraite a canalisé dans des réservoirs de capitaux sur lesquels il faut redéfinir les modalités de contrôle et d’orientation. En matière d’appariement de l’épargne et des besoins d’investissement, il n’y a aucun automatisme, tout est affaire de choix. Et ces choix doivent être refaits pour sortir de l’étroite et néfaste perspective spéculative. L’épargne de tous peut servir à l’amélioration du bien commun tout en servant au mieux la situation des retraités qui doivent pouvoir compter sur un revenu sûr et prévisible dont ils pourront jouir dans un cadre social et économique leur assurant qualité de vie et tranquillité d’esprit.[…]

Pour lire le texte au complet, il faut aller sur le site web de L’IREC

Discussion

2 commentaires pour “Financer la reconversion verte”

  1. Bonne idée.Le Québec pourrait construire un monorail pour relier ses principales villes.Celui-ci serait jumelé à un parc automobile électrique en location.

    Écrit par Frappier Pierre | février 24, 2011, 9 h 33 min
  2. [...] d’aborder le cas du Québec, rappelons que la Suède a collectivement choisi d’éliminer le pétrole de son portefeuille énerg…. Il s’agit là d’un choix économique audacieux, qui renvoie à des décisions importantes en [...]

    Écrit par Oikos Blogue | Il faut faire la guerre au réchauffement climatique (6) | mai 6, 2011, 6 h 25 min

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