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Le mercredi 22 novembre 2017

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Gaz de schiste : le gouvernement Charest va-t-il nous mener à un fait accompli catastrophique ?

Ce ne serait pas la première fois. N’aurait été la mobilisation sociale qu’il a entraîné, le plan d’Hydro-Québec en faveur des centrales au gaz naturel aurait plombé nos portefeuilles pour des décennies. Il en reste malheureusement l’éléphant blanc de la centrale thermique de Bécancour, qui nous coûtera 2 milliards $ sans jamais produire un watt d’électricité !

Selon ce qu’on entend depuis quelques semaines, ce gouvernement a vendu à ses amis politiques les droits d’exploitation des ressources québécoises en gaz et pétrole de manière à ce que, peu importe le gouvernement en place, il soit devant le fait accompli. D’ores et déjà, tout retour en arrière – la reprise en main des ressources par l’État –, ou même le statu quo, nous coûtera extrêmement cher. Mais laisser-faire l’exploitation serait pire !

L’analyse du professeur en sciences comptables à HEC Montréal, Jacques Fortin, est on ne peut plus clair : tout compte fait, les Québécois n’en sortent pas gagnants. Les seuls vrais gagnants dans l’affaire sont l’industrie, en majorité étrangère. Déjà, au départ, il y a problème : ce sont les étrangers qui profitent de richesses non renouvelables dont le Québec est doté. Mais plus : pendant des décennies nous allons payer pour nous protéger des dégâts causés par l’exploitation des gaz de schiste. Puisque ni les assureurs ni les promoteurs n’assumeront ce risque, ce sera à l’État d’assumer les dépenses futures en termes de dommages à la nappe phréatique, de coûts des soins de santé et de sécurité additionnels, de réfection des infrastructures routières endommagées, de remise en état des terres abandonnées, ainsi que le monitorage des puits orphelins et pour le traitement de l’eau contaminée par la fracturation.

Il est fort probable, estime M. Fortin, que l’ensemble de ces coûts seront plus élevés que les recettes qu’en retirera le gouvernement, l’industrie extractive bénéficiant de généreux crédits d’impôt accordés justement en contrepartie des coûts d’exploration encourus.

Justement, dans les estimations réalisées par les chercheurs de l’IRIS, qui ont été dévoilées la semaine dernière, on chiffre les pertes annuelles pour le gouvernement du Québec à 50 millions $. Sur une période de 20 ans, c’est un milliards $ de coûts nets pour les contribuables. Mais l’étude de l’IRIS ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux de long terme (santé des populations riveraines et du monitorage des puits orphelins). Or c’est probablement là le pire parmi tous les problèmes qui nous resteront sur les bras. Par exemple, le président de l’AQLPA, André Bélisle, expliquait récemment qu’une étude réalisée aux États-Unis (à Haynesville) démontrait que l’impact des émissions des puits de gaz de schiste sur la santé était extrêmement sérieuse. Selon un scénario de « développement faible », soit de 1570 puits, les émissions d’oxyde d’azote atteindraient 60 tonnes par jour.

Le dernier argument que je désire signaler contre l’industrie me vient de l’économiste en chef de l’association internationale de l’énergie, le Dr Fatih Birol. Lors d’une conférence qu’il présentait à Londres devant les gens de l’industrie, M. Birol a affirmé que la volonté – mitigée – des pays riches à s’engager dans la lutte contre les changements climatiques était sérieusement mise en danger par la révolution des gaz et des huiles de schiste. Selon lui, le boom des gaz de schiste aux États-Unis était d’ores et déjà responsable d’une diminution de 50 % des investissements en énergie renouvelables dans ce pays, ajoutant que le prix mondial du gaz se verrait déprimé, entraînant ainsi un effet similaire dans les autres pays.

En définitive, le projet d’exploitation des gaz de schiste au Québec est un autre exemple de la vision étroitement affairiste des gouvernements de droite et des milieux d’affaire : une vision myope, de court terme, qui confond l’intérêt économique immédiat des entreprises avec l’intérêt général.

Discussion

2 commentaires pour “Gaz de schiste : le gouvernement Charest va-t-il nous mener à un fait accompli catastrophique ?”

  1. Commentaire judicieux! Le gaz de schiste et son exploration/exploitation est un enjeu québécois ET international qui a des effets considérables à venir sur la volonté politique des gouvernements de faire face au réchauffement de la planète. Je cite: «Les gaz de schiste sont au gaz ce que les sables bitumineux canadiens sont au pétrole : de nouvelles ressources en quantités énormes mais dont l’extraction présente un lourd enjeu environnemental» affirme le journal Le Monde dans son bilan Planète de 2010. Ces ressources représentent cinq fois plus que le gaz conventionnel. L’Agence internationale de l’énergie estime qu’un tiers se trouve en Asie-Pacifique (Chine, Asie centrale, Australie…) et un quart en Amérique du Nord. Cette ruée gagne aussi l’Europe…Les gaz de schiste vont sans nul doute faire l’objet dans les années qui viennent d’une compétition sans merci de conclure le journal.
    Source : extraits de B. D’Armagnac et J-M Bézar, Le Monde, Bilan Planète 2010, p. 76.

    Écrit par Louis Favreau | février 23, 2011, 11 h 06 min
  2. Pour brader ainsi nos ressources naturelles, Jean Charest s’appuie sur quelle légitimité? Il n’a jamais reçu mandat pour agir ainsi.

    Ces contrats, cachés en plus, devraient être annulés. Il agit en dictateur et il fait prendre conscience que ce poste de premier ministre a beaucoup mais beaucoup trop de pouvoirs.

    Nous subissons exactement ce que les peuples, sous dictature, vivent; ici, nous avons l’illusion d’être en démocratie: tu parles mais personne n’écoute encore moins le gouvernement Charest….c’est le pire gouvernement.

    Écrit par ghislaine | février 27, 2011, 17 h 51 min

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