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Le mercredi 22 novembre 2017

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La Bourse de Londres met la main sur le TSX

Alors que les États nationaux devraient, séparément sur leur marché domestique et collectivement sur les marchés internationaux, resserrer les réglementations sur l’industrie de la finance, nous devons constater que c’est plutôt cette dernière qui prend les devants et montre le chemin à suivre aux États. Et ce chemin, c’est celui de la concentration et de la gouvernance privée, et non celle de la gouvernance publique.

Aux États-Unis, le lobby financier a fait reculer les législateurs, qui ont mis de côté les mesures les plus radicales de la réforme des marchés financiers, puis a investi à fonds perdu dans la campagne de mi-mandat pour mettre en place des représentants qui leurs sont plus favorables. Ce même lobby fait obstacle aux timides volontés du G20 et du comité de Bâle pour réguler les marchés financiers internationaux, et tout particulièrement pour éviter que se concrétise l’idée de taxe sur les transactions financières et pour que la lutte contre paradis fiscaux soit effective. Mais l’industrie ne fait pas que s’opposer, elle continue à organiser la finance internationale, à sa façon.

Dans le domaine des marchés organisés, c’est depuis le début des années 2000 que la tendance à la concentration des marchés boursiers s’est accélérée, avec le regroupement de quelques Bourses européennes (Paris, Bruxelles, Amsterdam) sous Euronext, puis par la prise de contrôle de cette dernière par la Bourse de New York (NYSE) un peu plus tard. Or la semaine dernière on apprend que NYSE Euronext et la Deutsche Börse (Francfort) négocient pour former la plus grande place boursière au monde.

Cette opération de concentration est dictée, nous dit-on, par la rivalité croissante entre les opérateurs pour séduire les entreprises candidates à la cotation et par l’apparition de nouveaux acteurs qui auraient brisé le monopole dont jouissaient les Bourses traditionnelles, les poussant à se regrouper. Dans ce domaine, il y a tout lieu d’être sceptique lorsqu’on nous parle de « concurrence ». Nous faisons plutôt face à des marchés oligopolistiques où s’affrontent des géants, assez spécialisées par secteur et par territoire, autour de stratégies de marché différenciées, cherchant à maximiser les profits des actionnaires.

Dans cette optique, la prise de contrôle des Bourses canadiennes par la Bourse de Londres représente d’abord une stratégie des grands acteurs de la City de capitaliser sur l’engouement planétaire pour les matières premières (traduire : pour profiter de la spéculation croissante sur ces matières). Prétendre, comme le fait La Presse, que cette annonce a été éclipsée par celle du NYSE est tout à fait ridicule. Cette petite oligarchie de grands dirigeants du monde sont assez bien en contact pour ne pas savoir ce qui se passe chez leur concurrent. Cette prise de contrôle a été présentée comme une transaction gagnante entre deux partenaires, comme une transaction inévitable étant donné la concurrence accrue, blablabla… La Bourse de Londres achète les bourses canadiennes comme celle de Toronto avait acheté la Bourse de Montréal il y a quelques années, point à la ligne ! Et cette prise de contrôle représente la perte de contrôle du Canada sur son marché financier comme offrande au sacro-saint principe du profit maximum. Comme le souligne avec justesse François Desjardins dans un article du Devoir, l’offre d’achat de Londres pour le Groupe TMX n’est rien d’autre que le « scénario connu consistant à avaler les concurrents pour prendre du poids, faire des économies d’échelle et maximiser le profit. » Éventuellement, prédit un spécialiste, il n’y aura plus que trois ou quatre Bourses dans le monde.

Un journaliste du Globe and Mail aurait déclaré que les fusions vont plus vite que la réglementation : « les institutions économiques du monde ne sont pas suffisamment prêtes à des Bourses multinationales. Bien qu’il existe un organisme international des commissions de valeurs, ça reste une association, pas une autorité réglementaire ». Mais c’est justement ce que devrait être les Bourses du monde, des regroupements, des mutuelles ou des associations sans but lucratif qui gèrent le plus efficacement possible, et en toute transparence, les marchés secondaires et l’information économique stratégique qui en découle, sous la supervision directe des organismes publics de réglementation. Et ce devrait être ce type d’organisations qui jouent également le rôle de firmes de notation, plutôt que l’oligopole des trois firmes internationales actuelles qui nous ont montré toute leur incompétence à surveiller les risques financiers, parce que trop soumises au principe de la maximisation du profit de court terme.

Il y a tout lieu d’être inquiet pour le futur. Surtout que, comme nous le rappelle Andrew Jackson (du Progressive Economics Forum), si l’accord commercial Canada /Union européenne est validé cette année, incluant une clause sur les investissements semblable à celle du Chapitre 11 de l’Alena, le Canada n’aurait plus la même capacité de réguler correctement les marchés financiers sans s’exposer à des sanctions pour cause de « loss of expected profits » des entreprises affectées ! Les actionnaires de la Bourse de Londres ne s’en gêneraient pas.

Et comment ne pas être doublement inquiet lorsqu’on entend le journaliste économique Christian Chavagneux (qu’on peut lire sur OikosBlogue) nous dire qu’avec le retour des Conservateurs à la tête du gouvernement britannique, la place de Londres, qui est redevenue la principale place financière du monde, est appelée à jouer un rôle particulièrement déstabilisateur pour faire déraper la lutte contre les paradis fiscaux. Comme le signale l’article, David Cameron entend accroître encore plus le rôle de la place de Londres comme paradis fiscal. Plusieurs mesures vont être mise en place afin d’initier une nouvelle phase de concurrence fiscale entre les pays, dont un accord avec la Suisse permettant à cette dernière de continuer à préserver son secret bancaire, ce qui va à l’encontre de la politique actuelle du G20. En contrepartie, la Suisse réclame un plus grand accès aux marchés financiers britanniques ainsi que l’impossibilité de criminaliser les activités des banques et de leurs employés !

« Après une phase coopérative de lutte contre les paradis fiscaux à la fin du gouvernement travailliste de Gordon Brown, la coalition actuelle dirigée par les conservateurs renoue avec la stratégie parasite qui est depuis longtemps celle du Royaume-Uni » affirme M. Chavagneux. S’il advenait, en plus, que le Canada soit aussi dirigé majoritairement par des Conservateurs, partageant la même idéologie servile au service de l’oligarchie des plus riches de ce monde, il y a tout lieu de penser que les lobbyistes de la City cotoieront quotidiennement les évangélistes (!!!) dans les couloirs du parlement d’Ottawa et qu’ensemble ils pourront contribuer à construire ce Canada du futur.

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