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Le lundi 06 décembre 2021

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L’extrême-droite française en avance dans les sondages pour la présidentielle de 2012 ? (2)

Comme je l’expliquais dans un billet précédent, les sondages qui mettent Marine Le Pen en avance au 1er tour des présidentielles françaises de 2012 sont en partie des sondages bidons. Malheureusement, ce n’est pas une raison pour ne pas s’inquiéter. Dans le présent billet je vais plutôt aborder les raisons pour lesquelles il faut craindre une avancée significative du vote pour l’extrême-droite en France

Pour Philippe Frémeaux, éditorialiste au magazine Alternatives économiques, la percée de Marine Le Pen doit faire comprendre aux couches sociales les plus aisées qu’il est temps d’agir autrement qu’en paroles pour rétablir la cohésion sociale du pays, si nous voulons continuer à vivre dans une société libre et ouverte. Il explique cette percée par le fait que que la nouvelle présidente du Front national a rompu avec l’ultralibéralisme de son père. Elle tient un discours à la fois national et socialiste, dénonçant la finance cosmopolite, les technocrates de Bruxelles et prédit la fin du chômage suite à la fermeture des frontières et la mise au pas de l’immigration. De quoi, dit-il, séduire les déçus du sarkozisme.

Interviewé par le magazine Challenge, Jacques Sapir, économiste de gauche proche des courants souverainistes – contre l’appartenance à l’Union européenne –, affirme quant à lui qu’il va falloir revoir toute la stratégie à l’égard du Front national dans la mesure où la nouvelle leader continue à ne pas être condamnable moralement, comme son père l’était. Selon lui, Marine Le Pen reprend des thèmes de gauche, voire d’extrême gauche. Sur la fiscalité, elle se rapproche des mesures défendues par Thomas Piketty; sur l’enjeu de la réindustrialisation, son programme fait penser à celui du Parti communiste, voire du Parti de gauche. Pour lui, ce n’est plus un programme d’extrême droite.

Selon le nouveau conseiller économique du Front national, Jean-Richard Sulzer, professeur de finance à Dauphine : « Alors que son père était ultralibéral, par réaction au communisme, Marine Le Pen est dirigiste, dans le sens colbertiste du terme. C’est-à-dire qu’elle n’est pas contre un État fort. […] Liberté du commerce et de l’industrie à l’intérieur du pays, garantie par un État gendarme, qui lui-même sera plus protecteur vis-à-vis de l’extérieur » !

Le FN devrait présenter une dizaine de grandes options économiques consécutives à ce réajustement idéologique, sur des thèmes qui touchent l’électorat de gauche. Le Front national ne touchera pas à la durée légale du travail, aux fameux 35 heures acquis sous le gouvernement du socialiste Jospin, que la majorité actuelle cherchait à démolir depuis l’arrivée de Sarkozy. Le FN va aussi préconiser un grand impôt sur le revenu, prélevé à la source – proposition de l’économiste de gauche Thomas Piketty.

Le Front national souhaite également créer de nouvelles taxes aux frontières, des « droits de douane différenciés », qui augmenteront le prix à l’achat de produits ciblés, de façon à protéger la production nationale. Mais dans ce domaine, la mesure phase sera celle de la sortie de l’euro ! Avec la parité suivante 1 euro = 1 franc ! Par la suite le franc subirait une « dévaluation compétitive de l’ordre de 20 à 25% ».

« Il s’agit pour nous de revenir au modèle économique gaullien, qui permet de bâtir une véritable politique monétaire, et donc une politique économique », explique Nicolas Pavillon, autre économiste lepéniste. « Aujourd’hui, la Banque centrale européenne n’a qu’un seul objectif, contenir l’inflation. »

Pour l’économiste Thomas Piketty, ce plan est une arnaque qui aurait des effets terribles sur le pouvoir d’achat des Français. Pour le journaliste de Challenge Jérôme Lefilliâtre, signataire de l’article cité plus haut, l’interrogation majeure d’un tel scénario repose sur le fait qu’une telle dévaluation de la devise française ferait grimper la dette extérieure de 200 milliards automatiquement. D’après le FN, une telle dévaluation aurait « plus d’avantages que d’inconvénients »…

Je termine en revenant à l’éditorial de Philippe Frémeaux, cité plus haut : « Que faire ? Rappelons tout d’abord que la France ne pourrait se replier sur elle-même sans catastrophe majeure. Il faut donc continuer d’agir patiemment, au niveau européen comme au niveau mondial, pour assurer une meilleure régulation du capitalisme. Mais cela impose, au plan interne, de conduire parallèlement des politiques de solidarité fortes, pour réduire la précarité subie par les couches populaires et la peur de l’avenir éprouvée par les classes moyennes. »

Beau programme ! Espérons que les Français croient encore suffisamment dans l’Europe sociale…

Discussion

Commentaire pour “L’extrême-droite française en avance dans les sondages pour la présidentielle de 2012 ? (2)”

  1. Cela montre bien qu’une caractéristique centrale de l’extrême-droite est sa démagogie sans gêne et sans bornes: sans aucune hésitation, elle s’oppose en paroles avec élan à ceux qui la soutiennent et prend la défense de ceux qu’elle veut duper. Qu’on se rappelle des diatribes d’Hitler contre les riches alors qu’il avait le soutien de grands industriels allemands. Qu’on écoute le langage hypocrite du Tea Party aux USA qui prétend défendre Main Street contre Wall Street.

    Écrit par Bertrand Ducharme | mars 29, 2011, 15 h 53 min

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