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Le mercredi 22 novembre 2017

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L’enjeu des chasseurs F-35

L’auteur invité est Normand Beaudet, Centre de ressources sur la non-violence.

En ce début de campagne électorale, il est rare qu’un enjeu militaire soit mis à l’avant plan par tous les partis politiques. L’achat des chasseurs F-35 semble avoir obtenu ce statut. Le plus gros contrat de l’histoire du pays sème la controverse. Comment voir clair sur cette question? Les partis politiques en campagne présentent l’enjeu selon leur perspective, les organisations anti-militaristes alignent les problèmes associés à cette acquisition et les entreprises de haute technologie promettent les retombées économiques massives. Les militaires veulent remplacer les F-18 vieillissants avec ce qu’il y a de mieux. Qui croire?

Le mémoire du Center for Defense Information :

Le comité permanent sur la Défense de la chambre des communes, au début de janvier dernier, a joué la carte de l’objectivité; il a invité le responsable de la recherche et directeur général du « Center for Defense Information » de Washington. Ce centre est un organisme de recherche, indépendant du gouvernement américain, fondé par d’anciens officiers supérieurs de l’armée américaine; qui prône la mise en oeuvre d’une politique militaire équilibrée. Cet organisme fondé au début des années 80, est de plus en plus en vue à Washington depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration Obama. Ses dirigeants considèrent qu’un déséquilibre entre les dépenses militaires et les dépenses sociales constitue une menace à la sécurité nationale des Etats-Unis. Pour eux, cette menace est tout aussi importante que les menaces extérieures. L’actuelle instabilité sociale générée par les abus de dépenses est présentement une menace bien réelle.

Aucune, analyse n’est parfaitement objective, mais dans le débat électorale actuel, si une opinion vaut la peine d’entendue, c’est bien celle des analystes du CDI. Le mémoire déposé par écrit n’est malheureusement pas encore disponible sur le site de la Chambre des communes, et encore moins dans sa version française. Ce texte vous présente donc un survol simplifié du mémoire plus technique que le CDI a déposé à nos députés à la chambre des communes en janvier dernier. On retrouve aussi de nombreuses analyses sur ce programme de chasseurs sur leur site internet.

Les chasseurs F-35, c’est quoi le problème?

Selon le CDI, en fait, le problème avec les chasseurs est assez simple. En premier lieu, personne ne sait ce que ces avions vont coûter. Ni la firme Lockheed Martin, mandaté pour les fabriquer; ni le gouvernement américain qui en finance le développement; et encore moins le département de la défense américaine qui a passé la commande ne connaissent les coûts de ces avions.

Pourquoi ?

Essentiellement parce que ces avions n’existent encore que dans l’esprit des ingénieurs. Ces chasseurs théoriques, et les nombreuses mécaniques qui les composent sont toujours dans les laboratoires des fabricants. Ils n’en sortiront pas dans le meilleur des cas, avant 2016; soit deux ans après la signature du contrat définitif d’achat prévu en 2014.

Oui, mais on sait fabriquer des chasseurs?

Les divers modèles de chasseurs actuels sont spécialisés soit pour les divers besoins de la marine, ou les besoins variés de l’aviation. Les ingénieurs ont persuadés les militaires qu’ils pouvaient livrer un seul modèle d’avions de chasse, capable de répondre à tous les besoins.[…]

Ces chasseurs sont donc très complexes et doivent intégrer, et optimiser, une foule de caractéristiques qui impliquent de nombreuses contraintes, composantes mécaniques et défis informatiques contradictoires.

Pourquoi les coûts augmentent-ils toujours?

Les coûts augmentent continuellement car ils ont été à l’origine calculés en fonction des coûts des diverses caractéristiques, sur divers avions. Lors de la fabrication de ces composantes en laboratoire, et de leur intégration sur un seul avion, on découvre de nombreuses nouvelles contraintes et problématiques.

Les spécialistes du CDI font noter à nos députés que certains chasseurs spécialisés n’ont jamais pu livrer à 100% les caractéristiques promises surtout au niveau de l’évitement des radars et de l’atterrissage sur courte piste. Ils soulignent qu’en janvier dernier, les prix ont à nouveau gonflés à cause de la complexité des logiciels.

Bref, le gouvernement canadien a accepté de participer aux risques de développement d’un tout nouvel avion de chasse américain, sans les garanties de retombées que ce genre de risque impose normalement.

Pourquoi les hausse de prix consécutifs?

C’est bien connu, les équipements militaires coûtent cher. Selon le Centre de recherche indépendant, les entreprises ont appris à promettre aux militaires ce qu’ils veulent, à prix abordable, pour que les politiciens acceptent. Puisque les acquisitions s’échelonnent parfois sur des dizaines d’années, on échelonne aussi les coûts à la hausse tout au long du contrat. De nombreux subterfuges pour camoufler les coûts réels sont utilisés par les vendeurs des fabricants, parmi les plus courants : […]

Bref, avec cette « créativité comptable » des vendeurs; et le fait que les avions ne sont pas sortis du laboratoire, il y a une seule garantie pour les contribuables canadiens selon le spécialiste. Les coûts grimperont encore.

Oui mais, dans le passé, des défis technologiques ont été relevés?

Oui, mais il y a des contraintes inévitable. Si on augmente la mécanique dans les ailes, on ajoute du poids. Si on ajoute du poids, on doit augmenter la force des moteurs. Plus l’avion est lourde avec de petites ailes, moins grande est la manœuvrabilité. C’est avec ces contraintes contradictoires que jonglent présentement les ingénieurs qui ont promis la lune aux militaires. Ils trouveront un compromis, mais à quel prix?

Le plus gros problème ici selon les analystes du Center for Defense Information est que plus le chasseur est complexe, plus il a besoin de maintenance, donc moins il passe de temps en opération. On a donc besoin de plus d’avions, plus coûteux, pour faire le même travail. En bout de ligne, on risque de se ramasser avec un avion à coût exorbitant, qui gruge rapidement les frais d’entretient et dont on doit minimiser l’utilisation afin de respecter les budgets. A la longue, avec ce genre de couteuse politique d’acquisition « d’achat avant le premier vol », le renouvellement des équipements est retardé, la formation des pilotes est réduite et le nombre d’avions acquis ne suffit pas à la tâche. Ce genre d’acquisition axée sur la fascination technologique et une certaine mythologie de la magie du génie serait à la base des flottes réduite et vieillissante d’appareils au service du Pentagone. Ce sont les militaires qui se plaignent maintenant de cette réalité à Washington.

Il faut comprendre ici que ces avions ne sont pas encore sortis à l’ « air libre ». Le chercheur, ancien membre du personnel du comité sur les finances du Sénat américain, affirme qu’aucun test de vol ou essais en situation de combat n’a été fait autre que pour tester des composantes. Encore plus inquiétant, cette étape, la plus déterminante en terme d’évaluation des coûts, n’est prévu qu’en 2016. Les surprises pour les contribuables qui paieront la note sont donc loin d’être terminées.

Il semble pourtant logique de partager les coûts avec d’autres pays alliés?

Le principe pourrait être bon, mais ce genre de partage des coûts n’a jamais été à la mode aux États-Unis, les impératifs de sécurité nationale associé à de tels programmes empêchaient ce genre de pratique. Les récentes contraintes budgétaires américaines semblent avoir eue raison de ces impératifs rigides du secret.

Le partage des risques financier associés au développement des technologies militaires serait devenu pour le Pentagone, le compromis admissible pour la poursuite des acquisitions de technologies de pointe. Non seulement la controversées pratique du transfert du risque des développements technologique à l’état-client, semble vouloir perdurer aux Etats-Unis; mais on semble vouloir l’étendre aux pays alliés; avec tous les risques que cette pratique comporte.

D’ailleurs, les réactions ne se font pas attendre car, dans la plupart des capitales impliquées dans le programme des chasseurs F-35. La controverse associée aux coûts croissants du projet est bien en place aux Pays-Bas, en Angleterre et au Danemark. La même réalité émerge aussi en Australie. Plusieurs pays envisagent de modifier leur commande, de la réduire; certains autres pays se sont retirés des ententes de principes et d’autres envisage de se retirer prochainement. Cette réalité qui réduira le nombre d’unité à produire, ce qui augmentera encore une fois le coût à l’unité de chaque chasseur.

Un fait est encore plus préoccupant, même la Marine américaine envisage de se retirer du programme et de revenir à la mise à niveau technologique de ses chasseurs actuels.

La saga des chasseurs F-35 est donc très loin d’être terminée.

Vous pouvez consulter le texte complet déposé par le Center for Defense Information dans sa version originale, en cliquant ici.

On peut lire le texte au complet en allant sur le site de Mondialisation.ca.

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