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Que se passe-t-il à l’île d’Anticosti ? Un scandale pire que la collusion dans la construction !

Ce n’est pas seulement dans le ministère des transports et la construction que la politique du gouvernement de Jean Charest visant à sabrer dans les dépenses publiques risque de provoquer une infiltration voire une prise de contrôle de certaines fonctions de l’État. Dans les ministères reliés aux ressources naturelles, ça semble être une réalité depuis quelque temps déjà. Sinon, comment expliquer que depuis que le gouvernement a cédé au privé l’exploration du potentiel de l’île d’Anticosti, les découvertes s’annoncent en dizaines de milliards de barils de pétrole $ ? Pour faire toute la lumière sur ce qui s’est passé à l’île d’Anticosti, il faut qu’une éventuelle commission d’enquête sur la collusion couvre également le ministère des ressources naturelles.

La plus récente découverte nous vient de Junex. L’entreprise a fait savoir la semaine dernière que le sous-sol de ses 5 permis (acquis en 2007) pourrait contenir pas moins de 12,2 milliards de barils, selon une estimation produite par Netherland, Sewell and Associates Inc. (NSAI), une firme du Texas. Mais en juin dernier, on apprenait que la firme albertaine Sproule Associates Limited établissait à 19,9 milliards de barils le volume total de pétrole (le plus probable à 90%) en place sur les permis que l’entreprise Pétrolia avait acquis d’Hydro-Québec en 2008.

Puisqu’il s’agirait de pétrole léger, il pourrait être facilement par pompage traditionnel, avec des coûts d’extraction relativement minimes. Au prix actuel du pétrole, c’est donc un patrimoine naturel de près de 3 000 milliards $ que l’État du Québec s’est privé en cédant ses droits sur l’île d’Anticosti. Mais d’ici 20 ans, le FMI prévoit que le prix du pétrole devrait tripler. C’est donc de 9 000 milliards $ qu’il faut parler. Assis sur une telle richesse, que de possibilités s’ouvrent pour le futur du Québec ! On peut facilement comprendre qu’un gouvernement étroitement fédéraliste, proche des milieux d’affaires et de la mafia, puisse vouloir, coûte que coûte, priver le peuple québécois de ce trésor national.

Grâce au travail d’enquête du journaliste du Devoir Alexandre Shields (voir les articles en ligne signalés précédemment), nous pouvons discerner les pouvoirs qui se cachent derrière ce scandale de l’île d’Anticosti. Junex et Pétrolia ne se retrouvent pas en terrain totalement méconnu sur l’île d’Anticosti. Plusieurs travaux y ont été menés au fil des années. La Société québécoise d’initiatives pétrolières (SOQUIP), fondée en 1969 avec le mandat de rechercher des hydrocarbures dont l’État québécois pourrait tirer des revenus, y a investi beaucoup d’effort de recherche. La division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec y a aussi investi 9,8 millions de dollars en exploration pétrolière entre 2002 et 2007, selon le Devoir. Mais au début de 2008, elle a cédé ses droits sur les 35 permis (6300 km2) qu’elle détenait à l’entreprise Pétrolia en échange d’une «redevance prioritaire» jamais rendue publique.

Fait à noter, nous dite Alexandre Shields, avant de céder au secteur privé l’ensemble des permis d’exploration gazière et pétrolière qu’elle possédait, Hydro-Québec prévoyait investir plus de 330 millions de dollars entre 2002 et 2010 afin d’évaluer le potentiel en énergies fossiles du sous-sol québécois. Les libéraux ont mis fin à cela de manière tout à fait incompréhensible. Sauf à imaginer que des pratiques de collusion très payantes pour le PLQ dans le domaine de la construction aient été aussi mis à profit dans les ressources naturelles. Or, que voyons-nous : plusieurs anciens employés d’Hydro-Québec et de la SOQUIP travaillent maintenant pour les entreprises privées qui contrôlent les permis d’exploration pétrolière sur Anticosti et en Gaspésie. L’ancien p.-d.g. d’Hydro-Québec, André Caillé, siège au conseil d’administration de Junex depuis juin 2008. Jean-Yves Lavoie, cofondateur de Junex, a travaillé à la SOQUIP de 1974 à 1980 à titre d’ingénieur pétrolier. Un autre membre du conseil d’administration, Jacques Aubert, a été membre de la haute direction puis président de la SOQUIP à la fin des années 1990. Le chef des opérations de Junex, Peter Dorrins, a occupé le poste de chef (exploration) de la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec de 2003 à 2006.

Par ailleurs, dans un billet qu’il a livré la semaine dernière sur le site de Vigile.net, Jean-Claude Pomerleau montre, preuve à l’appui, qu’il était connu avant même la vente à Pétrolia en 2007 que le sous-sol de l’île d’Anticosti recelait un potentiel important de réserves pétrolières. Première preuve : un reportage de l’émission Découverte 2004 :

 » L’été dernier, la société d’État a fait 350 kilomètres de prospection sismique dans les grandes forêts qui recouvrent l’île d’Anticosti, au beau milieu du golfe Saint-Laurent. Selon les résultats de cette prospection, divulgués à la fin novembre, on aurait trouvé dans le sous-sol d’Anticosti de grosses structures très poreuses, apparemment remplies de liquide. « Ces structures seraient identiques à celles d’un autre gisement récemment découvert près de Chicago : le gisement Albion-Scipio. Or, ce gisement dans l’État du Michigan est une découverte de classe mondiale, puisqu’on parle de 130 millions de barils de pétrole et au-delà de 200 millions de pieds cubes de gaz naturel », explique Claude Morin, géologue pétrolier senior pour Hydro-Québec, division Pétrole et gaz. »

Deuxième preuve : le potentiel d’Anticosti était connu du ministère de l’Énergie en 2002 ! C’est ce que confirme Mme Rita Dionne Marsolais, ex ministre de l’Énergie, qui déclare que c’est sur cette base que le gouvernement Landry avait autorisé Hydro-Québec à entreprendre le vaste programme d’exploration de 330 millions sur dix ans dès 2002.

Décidément, y a quelque chose de pourri dans le Royaume du Québec…

Discussion

Commentaire pour “Que se passe-t-il à l’île d’Anticosti ? Un scandale pire que la collusion dans la construction !”

  1. Merci pour ce tour d’horizon joliment ficelé. Duchesneau a raison et son rapport nous raconte pourquoi. Il faut soulever le voile d’opacité qui entoure présentement la soi-disant société d’état Hydro-Québec, en réalité un véritable état dans l’état. Pourquoi le CA d’Hydro-Québec refuse-t-il l’accès à ses livres au Vérificateur général depuis plus de 10 ans ? Comment expliquer que les nouveaux compteurs, que la société semble bien déterminée à nous imposer de force, soient entreposés dans des locaux de la mafia ? Un jour, nous les aurons ces réponses. Ce jour-là, ce n’est pas aux portes du bureau du PM que les collecteurs de fond de la mafia libérale vont refouler, mais bien aux portes du pénitencier…

    Écrit par Hermil LeBel | octobre 4, 2011, 10 h 53 min

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