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Le mercredi 26 janvier 2022

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Agriculture écologiquement intensive: le défi de la prochaine décennie

2014 sera l’année internationale de l’agriculture familiale nous dit l’ONU. La question alimentaire est plus que jamais à l’ordre du jour parce que partout les organisations paysannes ou d’agriculteurs, les coopératives agroalimentaires, les organisations de coopération internationale, la FAO, agence de l’ONU dédié à cette question et plein d’autres ont lancé le message aux États membres de l’ONU qu’il y avait urgence. Que pouvons-nous faire au Québec sur cet enjeu? Beaucoup nous dit la direction de l’OCI des agriculteurs québécois UPA DI. UPA DI a en effet le gros de l’initiative en la matière. Mais elle n’est pas la seule OCI à bouger dans ce sens. Le GESQ a été inspiré par cette organisation pour la réalisation de son université d’été en mai dernier avec d’excellents contenus qu’on retrouve dans le cahier spécial du Devoir portant sur Agriculture et développement durable. Mieux encore, au plan international, dans cette foulée, le 2e Sommet international des coopératives qui se tiendra dans un an (du 6 au 8 octobre 2014) en a fait également une priorité et les Rencontres du Mont-Blanc qui viennent tout juste de se dérouler aussi. À plus petite échelle, le Fonds Solidarité Sud fera campagne l’année durant en soutenant une organisation paysanne sénégalaise. C’est avec cet horizon d’inspirer quelque peu les débats de cette mouvance que j’avance ici quelques pistes de virage écologique de l’agriculture dans la décennie qui vient tant au Nord qu’au Sud.

L’Alliance coopérative internationale (ACI) s’empare du développement durable

L’automne dernier, l’ACI a fait bouger fortement les lignes en matière de développement durable. C’est en effet à l’occasion de la rencontre de Manchester que la direction de l’ACI a déposé un document d’orientation annonçant les priorités de cette organisation jusqu’à 2020. Le document intitulé Plan d’action pour une décennie des coopératives est le fruit d’un groupe de travail intercontinental. Ce n’est pas un document parmi d’autres. C’est une pièce maîtresse dans laquelle on retrouve notamment un éloquent préambule : «…Après cinq années de turbulences financières, les économies les plus développées du monde demeurent en état de crise sans qu’aucune issue ne se profile et les économies en développement sont entravées dans leur quête des Objectifs du Millénaire pour le Développement…. » D’où découlent cinq priorités.

Pour ce qui relève de l’enjeu de la sécurité alimentaire dans ce document, j’en retiens deux : 1) la priorité du développement durable : « bien qu’il existe quelques exceptions locales, actuellement le développement durable n’est pas un terme universellement associé aux coopératives. C’est ce qui doit changer… Le défi 2020 est que la forme coopérative d’entreprise devienne en 2020 le leader reconnu en matière de développement durable sur le plan économique, social et écologique. Le mouvement doit démontrer un grand engagement envers le DD ainsi qu’une contribution au DD sur trois définitions: économique, social et écologique ». C’est sans ambiguïté ! La question qui demeure néanmoins est celle du chemin pour y arriver, des stratégies à mettre en oeuvre, bref du comment. C’est ce à quoi le Sommet international de 2014 et les RMB de cette année semblent vouloir s’attaquer avec vigueur. En second lieu, la priorité de la capitalisation propre des coopératives et des organisations d’agriculteurs pour changer les choses et se positionner sur le marché de façon distincte des multinationales: a) développer des fonds nationaux et un fonds mondial de développement des entreprises collectives; b) faire émerger un commerce mondial entre entreprises collectives; c) créer de nouveaux instruments financiers. Tout cela figure dans le coffre à outils des nouvelles pistes de l’ACI.

L’agro-business qui pollue

L’agro-business a trouvé et pourrait encore plus dans l’avenir trouver des organisations du mouvement coopératif et du mouvement paysan sur son chemin. D’autant plus qu’elles sont soutenues par des OCI comme SOCODEVI, UPA DI et DID qui les aident à grandir, à se fédérer, à occuper du terrain tant sur le plan économique que politique par la négociation en groupes nationaux et même transfrontaliers. Résultat, il est possible dans certains coins de pays, dans certaines régions du monde, dans des centaines de communautés de restaurer la capacité de conservation des produits, d’assurer un transport durable de ces produits, de favoriser la transformation locale de ces produits et même d’en arriver à une régulation de l’offre à l’échelle nationale.

La condition première est sans doute de redonner à la notion de politique agricole toute sa valeur là où des États l’ont abandonné. On touche ici du doigt la question de la souveraineté alimentaire et du développement durable. À ce chapitre, il y a quelques réalisations marquantes ici et ailleurs de coopératives et d’organisations paysannes qui vont dans ce sens. Reste que ces initiatives ne donneront jamais leur pleine mesure s’il n’y a pas de politiques publiques de développement durable en matière d’agricole et d’alimentation car les initiatives dont nous parlons sont constamment freinées dans leur développement par la toute-puissance des lobbies des multinationales et de la finance mondialisée. Et il n’y a/aura donc pas de politiques publiques qui tiennent/tiendront la route sans mobilisations fortes de la part de mouvements sociaux centrés sur cet enjeu. La question qui est au coeur de cet enjeu : peut-on laisser aux multinationales la responsabilité de nourrir la planète dans les décennies à venir? Seules les organisations paysannes et les entreprises coopératives peuvent modifier cet avenir dans une autre direction. D’où l’intérêt d’une Année internationale de l’agriculture familiale telle qu’adoptée par l’ONU.

En matière d’agriculture et d’alimentation, au plan international, en poussant le bouchon plus loin, la question sensible est : comment passer d’une agriculture industriellement et chimiquement intensive à une agriculture écologiquement intensive? Compte tenu de l’échec des États à s’entendre sur les réponses à donner à la menace du réchauffement climatique et celle qui pèse sur la biodiversité, comment et sur quoi les mouvements sociaux doivent-ils opérer une transition écologique de l’agriculture? Quelques points d’appui figurent à l’ordre du jour: mettre un frein à la déforestation; intégrer davantage d’arbres dans les systèmes de production (agroforesterie); empêcher la divagation des animaux d’élevage et le surpâturage; protéger les cours d’eau avec des plantations; traiter les eaux usées et trier les déchets; cultiver en terrasses ou, suivant d’autres techniques, permettre d’éviter l’érosion et la dégradation des sols; revégétaliser les rives des cours d’eau; ne pas utiliser ou le moins possible des pesticides; utiliser des engrais organiques; miser sur des alternatives au pétrole (biomasse agricole et/ou forestière de 2e génération, énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien)… Vaste programme en vue. Plusieurs organisations paysannes soutenues notamment par UPA DI en Haïti et au Sénégal s’y sont attaquées. On en saura plus sur ce sujet car la chaire de recherche que je dirige lancera dans le cadre du congrès de l’UPA en décembre prochain un ouvrage d’une centaine de pages sur les 20 ans d’UPA DI qui a jusqu’à maintenant développer une coopération de paysans à paysans dans 26 pays du Sud auprès de 70 partenaires. Pas mal n’est-ce pas!

Pour le texte intégral, on va sur mon blogue.

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